Outrage à l’amour (I) 7


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Ce matin-là, Patrick déploya par réflexe son bras vers le téléphone à son chevet pour arrêter ce réveil qui chaque jour l’arrachait au sommeil dès 5 heures. Ce fut pour lui un matin assez particulier. Sentant les fines mains de Yawa lui parcourir l’épaule, il se retourna dans son lit et découvrit sur le visage de la demoiselle un sourire ravageur auquel il rendit la pareille. Dans ce bonheur matinal qui le comblait, il avait de la peine à se lever. Avant de retrouver la routine de ses activités quotidiennes, il s’offrait encore le temps d’admirer les courbes envoûtantes  de la belle Yawa avec qui il venait de passer toute la nuit.

« Ah ! Quelle délicieuse nuit ! », pensa-t-il intérieurement en se rappelant du plaisir savouré la veille au contact de cette demoiselle qu’il convoitait.

Avec elle, il était en train de vivre une histoire improbable, une aventure que peu de gens pourraient tolérer. Enseignant de son état, il savait bien que l’entourage verrait d’un mauvais œil ce lien qui se nouait entre lui et Yawa, son élève de 17 ans en classe de première.

« Une histoire d’amour un peu à la Macron, vécue à l’inverse!» se disait-il pour cacher par une note d’humour, l’angoisse d’une liaison sans lendemain.

Patrick est un trentenaire doué pour les mathématiques auxquelles il doit sa carrière dans un lycée privé de Lomé. Il est certes le plus jeune du personnel enseignant, mais il reste quand même un vieillot devant sa belle petite Yawa. Il a cru pouvoir se contenir, refouler au mieux tout ce qu’elle lui faisait ressentir. Mais il trouvait en sa jeune élève ce charme irrésistible qui semblait le désarmer de jour en jour. Il y avait définitivement succombé la veille, un dimanche soir, où il l’a croisé au hasard en rentrant chez lui. Il rangea sur le bas-côté de la route sa voiture, en sortit, l’appela et l’invita à monter dans sa voiture. Ce qu’elle fit sans hésiter.

Yawa est une jeune fille pétillante qu’il connait depuis son entrée au lycée. Une année scolaire est vite passée où il a découvert le goût de Yawa pour l’art qui l’a conduit à intégrer le club de théâtre du lycée. Jamais il n’avait connu d’autre élève dont il se sentait aussi proche. Jamais Yawa n’avait eu un enseignant dont elle appréciait autant la compagnie. Entre eux, le courant semblait passer depuis une éternité.

En la croisant ce soir-là, il se mit à penser que le temps devenait leur allié en les rapprochant davantage. Pour lui, cette rencontre fortuite en dehors du cadre scolaire n’avait rien d’un hasard. Engouffrée tout sourire dans la berline, elle salue son enseignant d’une voix chaleureuse. A la question de savoir ce qu’elle faisait dans les parages, elle explique qu’elle venait de rendre visite à une amie.

-Ah bon hein ! Moi je t’ai fait quoi pour que tu refuses de me rendre visite ? J’ai la tête de quelqu’un qui a la peste ?

Répond Patrick en prenant un air taquin.

-J’aimerais bien te faire connaitre mon domicile. Qu’en dis-tu ?

Visiblement embarrassée, Yawa observa un bref silence avant de donner son accord, puis précise qu’il lui faudra rentrer avant qu’il ne se fasse tard. Après quelques minutes de route, les voilà à destination. Ensemble ils se dirigèrent vers un immeuble de 4 étages, montèrent par les escaliers au premier étage où Patrick ouvrit une porte donnant accès à son appartement. Dans une petite pièce faisant office de salon, il la fit asseoir sur un canapé en cuir et lui servit du vin. Ils prirent tant de plaisir à parler de tout et de rien, que le temps parut court. Installée tout près de lui, elle lui parlait avec passion de son rôle pour la prochaine pièce de théâtre en préparation au lycée. Pendant ce temps Patrick sentait son regard se perdre dans le sien. Ses yeux étaient captivés par ses lèvres sur lesquelles il finit par poser les siennes. Yawa n’y opposa aucune résistance. Perdant tous le contrôle de leurs corps, ils s’entrelacèrent dans une nuit d’intense passion.

(Bon, là je vous laisse imaginer la suite. Ne comptez pas sur moi pour aller plus loin !)

A son réveil, Patrick prenait la mesure d’une situation qu’il redoutait. Il craignait pour son image au lycée et avait décidé, avec le consentement de Yawa, que cette histoire devrait rester leur secret à eux deux. Un secret de polichinelle sans doute, car la proximité entre eux depuis un an déjà les trahissait. De quoi éveiller des soupçons, et même la jalousie des jeunes lycéens qui avaient des visées sur Yawa.

Malgré tout, Patrick tenait fermement au sérieux dans le travail. Il s’est fait le serment de refuser toute complaisance quand il s’agissait de noter ses élèves. Il n’y avait pas meilleur moyen d’aider un élève que de lui attribuer une note à la juste valeur de son travail. Telle était sa philosophie. Yawa qui avait pour bête noire les maths n’en était pas épargnée. Pauvre d’elle qui espérait profiter de sa relation particulière avec son prof. En dépit du coup de main de Patrick dans ses révisions, elle multipliait des résultats catastrophiques. Désemparée et agacée par ce fiasco scolaire, elle ne cessait de lui reprocher vivement sa rigueur. Elle accusait Patrick d’être trop sévère dans ses évaluations, au point même de douter de son intérêt pour elle. Son agacement prenait des proportions telles qu’elle devenait de plus en plus distante.

L’intimité partagée dans l’appartement de Patrick avait disparu, autant que Yawa elle-même des cours de maths. A ses heures de cours Patrick retrouvait avec étonnement la place de Yawa vide. Ses appels pour avoir de ses nouvelles restaient sans réponse. Cependant une étrange rumeur se répandait dans toute l’école selon laquelle Yawa serait sexuellement harcelée par son prof de maths. Patrick restait serein jusqu’au jour où un homme, tenant en main une enveloppe, entra tout furieux dans sa classe. Sans dire le bonjour, il se mit à pester.

-Vous devriez avoir honte de vous-mêmes parce que vous n’êtes pas digne du titre d’enseignant. Vous devriez avoir honte d’abuser de votre position en harcelant ma fille. Le père que je suis aurait-il tort de vous confier l’éducation de son enfant? Je ne compte pas  vous laisser compromettre l’avenir de ma fille. Soyez en sûr.

Sur ces mots il lui jeta à la figure l’enveloppe avant de s’éclipser aussi vite qu’il est apparu.

Devant des élèves scandalisés, Patrick ouvrit l’enveloppe, en sortit un courrier dont il lut l’objet: une assignation en justice.

A suivre…

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Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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