Des campagnes aux marchés, hommage aux femmes du Togo profond!

8 mars 2014

Des campagnes aux marchés, hommage aux femmes du Togo profond!

 

Femme africaine femme, africaine, bébé, enfant, mère Dessin à la main / Peinture
credit: drawin.fr

Cette journée du 8 mars a bien fini par s’ancrer dans ma jeune cervelle. Bien que ce soit une occasion pour certains de sublimer la femme par suivisme, j’ai finalement pu lui trouver son mérite. Pour cette femme qui m’a donné la vie et qui par son éducation a forgé le jeune homme que je suis, pour celles là qui sont présentes dans la vie de  leur mari, leur frère ou leur enfant, une seule journée suffit elle pour leur rendre l’hommage mérité ? Tout de même, cette journée internationale de la femme a le mérite de mobiliser l’attention du monde sur la place qu’occupe-ou que doit occuper-la gente féminine dans nos sociétés.

Ce poème de Camara Laye qui a bercé mon enfance aux heures de cours primaire ne peut trouver meilleure occasion de retentir encore dans mon esprit et me faire réciter:

Femme noire, femme africaine,
Ô toi ma mère, je pense à toi
Ô Dâman, ô ma mère, toi qui me portas sur le dos,
Toi qui m’allaitas, toi qui gouvernas mes premiers pas,
Toi qui, la première, m’ouvris les yeux aux prodiges de la terre,
Je pense à toi…
       

Loin des initiatives des intellos de l’ONU, les nombreuses femmes qui vivent en milieu rural ignorent dans leur majorité l’existence d’une quelconque journée de la femme. C’est en tout cas ce que j’ai appris en écoutant un échantillon de personnes interrogées sur une radio locale. Pourtant ce sont ces femmes de l’ombre, ces femmes du Togo profond qui méritent d’être mises en avant à cette occasion.

Alors qu’elles n’ont presque rien dans un milieu extrêmement pauvre, elles trouvent la force de se battre pour vivre au jour le jour. Ce sont des femmes qui par des activités agricoles ou artisanales cravachent pour avoir de quoi faire vivre leur famille. Cultiver les champs pour trouver à manger, écraser les noix de palme pour faire de l’huile de palme, travailler le manioc pour produire de la farine, voilà des activités parmi tant d’autres que vous trouverez des femmes mener dans les villages avec abnégation car elles savent que leur autonomisation dépend de leurs efforts. 

Cette journée du 8 mars a quand même une saveur un peu amère quand je pense à la situation de ces femmes commerçantes qui se reconstruisent difficilement un an après l’incendie des grands marchés de Lomé et de Kara qui a détruit le fruit de plusieurs années de dur labeur.

Ce drame a été dévastateur et Dieu seul sait à quel point ces femmes ont été dépouillées. Certaines d’entre elles, avec un mari au chômage ou absent supportent à elles seules toutes les charges de leur famille et on peut imaginer leur douleur suite à un tel drame. Dans un élan de solidarité des actions ont été menées à leur endroit. Par exemple un téléthon fut organisé pour elles mais dont les fonds n’auraient pas été restitués en totalité malgré les promesses. Elles ont également bénéficié d’un accompagnement financier des autorités mais tous ces gestes ont à peine suffi à combler les lourdes pertes. Si les commerçantes de Kara disposent désormais d’un nouveau marché, celles de Lomé installées sur un site provisoire restent dans l’espoir d’un nouveau départ. Même si le tort causé par ces incendies est irréparable, j’en appelle ici à la prise de conscience des autorités. Elles ont le droit de savoir ce qui s’est passé. Je les prie donc de mettre du sérieux dans les enquêtes, si enquêtes il y a, pour que les vrais responsables soient punis.    

Au delà de tout, cette journée est aussi le moment de s’arrêter un peu sur l’état actuel de la femme dans notre pays et penser à son évolution.

Peut-on dire que quelque chose a changé dans la situation de la femme dans ce pays ? La réponse ne pourrait être totalement négative. En termes d’accès des femmes aux sphères politiques de décision, il faut remarquer un début d’évolution dès lors qu’elles sont de plus en plus présentes dans les institutions, par exemple au niveau des organes exécutif et parlementaire. Ceci est soutenu par un travail de sensibilisation mené sur le terrain par des ONG qui font dans la promotion des droits des femmes. Malheureusement cette évolution reste timide puisque la gestion des affaires publiques n’est pas participative faute de mise en œuvre de la décentralisation, et pour voir une femme Premier Ministre ou Présidente de la république dans ce pays le  chemin est encore long.

Sur le plan socio économique la situation est encore plus morose. Même si de plus en plus de femmes accèdent à l’emploi, l’égalité d’accès au travail avec les hommes n’est pas totalement respectée. Il y en a qui sont victimes de harcèlement au travail tandis que d’autres font l’objet de chantages quand elles demandent un emploi. D’ailleurs elles n’ont pas toutes la chance de se prévaloir des compétences requises pour chercher un emploi parce que l’accès à l’éducation reste un défi.

Un nombre important de jeunes filles surtout dans les milieux reculés n’arrivent pas à se maintenir dans le système scolaire parce que la pauvreté ou les grossesses non désirées les obligent à la rupture de bancs. Dans ces milieux les femmes âgées sont pour la plupart analphabètes. Elles dépendent de leur mari et subissent le poids des traditions et coutumes qui les relèguent à une place inférieure.

Tout ce tableau mitigé montre que beaucoup d’efforts restent à faire pour arriver à une société où les femmes auront les mêmes droits que les hommes car l’égalité de droits entre hommes et femmes consacrée par la loi n’est pas vécue dans la réalité.

Pour y parvenir il n’y a pas meilleure arme que l’éducation des plus jeunes qui sont la relève d’un pays. En accordant une importance particulière à la question du genre dans les programmes scolaires, les gouvernants pourront faire émerger une société moderne respectueuse des droits de la femme. A ce propos il faut saluer le travail avant-gardiste des ONG de défense des droits des femmes qui tentent de porter vers les populations la notion d’égalité des genres. Dès lors qu’elles sont une franche majoritaire de la population l’émancipation des femmes revient à émanciper la nation entière. 

Sur ce, j’ai envie de dire « tant vaut (la femme), tant vaut la nation ».      

Partagez

Commentaires