Joyce Banda, le fair-play politique au féminin

2 juin 2014

Joyce Banda, le fair-play politique au féminin

Joyce Banda credit photo:commons.wikimedia.org
Joyce Banda
Crédit photo: commons.wikimedia.org

Alors que j’appréhende avec inquiétude le scrutin présidentiel de 2015 au Togo, les nouvelles du Malawi que j’écoutais samedi 31mai m’ont rendu quelque peu admiratif. J’apprenais que la présidente malawite Joyce Banda qui contestait vivement les résultats du scrutin présidentiel avait publiquement reconnu sa défaite et félicité le vainqueur. L’élégance politique de cette femme m’a alors conduit à m’intéresser dans ce billet au leadership féminin en Afrique.

Largement battue selon les résultats qui la créditaient de 20 % des voix contre 36, 4 % pour Peter Mutharika, Joyce Banda a pris l’initiative de féliciter le vainqueur via un communiqué. Communiqué à travers lequel elle appelait ses concitoyens à l’apaisement et à l’union.

 » Je saisis cette occasion pour féliciter sincèrement le président élu, le professeur Arthur Peter Mutharika pour (sa) victoire dans une élection qui a été très serrée… Je voudrais exhorter tous les Malawites à aller de l’avant comme une Nation, à rester unis, à respecter la loi et à rester pacifiques et calmes… «

Le leadership féminin honoré

Cette femme, qui en sa qualité de vice-présidente a accédé à la présidence après la mort du président Bingu wa Mutharika, quitte le fauteuil présidentiel la tête haute grâce à son courage politique.

Cette issue plus ou moins paisible du scrutin n’était pourtant pas évidente au regard du climat politique inquiétant. D’abord avant le scrutin Peter Mutharika frère du président défunt Bingu wa Mutharika était accusé de haute trahison pour avoir tenté d’empêcher Joyce Banda d’accéder en 2012 à la tête du pays. De plus la nouvelle présidente avait rejoint l’opposition. D’où une forte rivalité entre les deux personnalités. Par ailleurs Mme Banda a  vivement contesté les résultats et demandé en vain l’annulation du vote.

Le fair-play politique est une attitude assez rare en Afrique pour être signalée. Peut-être que Mme Banda s’est inspirée d’Abdoulaye Wade, beau joueur de l’élection de 2012 au Sénégal. En tout cas c’est une femme qui en montre l’exemple cette fois-ci. Cela est une particularité dans un continent où les préjugés sexistes sur la capacité des femmes à diriger n’ont pas totalement disparu.

Son geste honorable illustre le meilleur dont est capable une femme qui assume les plus hautes responsabilités de son pays. Dans une situation où bien des hommes auraient précipité leur pays dans le chaos, Joyce Banda a résisté à l’orgueil. Elle a préféré épargner à son pays les affres du jusqu’au-boutisme, car bien gouverner, c’est aussi accepter des choix douloureux qui préservent la paix sociale. Elle vient donner raison aux défenseurs de l’équité genre, à ceux qui clament le droit pour les femmes de participer activement à la vie publique de leur pays. Il est clair qu’une femme peut faire un bon dirigeant autant qu’un homme.

Un exemple à suivre

Comme le Togo, d’autres pays d’Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Nigeria, Burkina Faso, Guinée et Côte d’Ivoire) se préparent à des élections présidentielles en 2014 et 2015 avec toutes les craintes habituelles qui les accompagnent. Les élections étant souvent des périodes sensibles sur le continent on peut déjà imaginer des risques de conflits.

Dans nos pays qui ont suffisamment souffert de conflits électoraux, il est temps que le fair-play politique fasse école. Les politiciens doivent apprendre à faire preuve de loyauté pour éviter le chaos à leur pays. Il faut reconnaître que cela n’est pas si simple, car le fair-play suppose que le jeu électoral soit transparent. Comment demander à un candidat d’accepter les résultats d’une élection irrégulière ?  Presque tous les pays précités connaitront la participation de « président-candidat » avec la tentation pour certains de rempiler à tout prix.

Même si un épilogue électoral à la sénégalaise ou à la malawite semble improbable dans ces pays je souhaite quand même qu’ils puissent vivre des scrutins apaisés dans l’intérêt des pauvres populations.

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Commentaires

DEBELLAHI
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C'est un exemple qui méritait, à juste titre, d'être valorisé. Le leadership des femmes va évoluer crescendo. Elles s'acquittent généralement bien de leurs missions. On ne les voit jamais impliquées dans des détournements de fonds. Les opérateurs de micro-finance, et les institutions de crédit reconnaissent que les taux de remboursement des femmes sont toujours autour des 100 %. Quant aux hommes, ils sont budgétivores, et soumis honteusement aux puissances (politiques et économiques) étrangères. Ils ne sont pas maîtres de leur décision, ce qui fait que nous ne maîtrisons pas notre destin. Des dirigeants corrompus, pour la plupart putschistes, et que l'hypocrite "communauté internationale" vient toujours "civiliser" pour les éterniser au service de leurs besognes. La délivrance n'est as pour demain.

Eli
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Ton apport prouve encore que les femmes n'ont pas moins d'aptitudes que les hommes en leadership. La politique en Afrique ne doit plus être seulement une affaire d'hommes même si tout être humain quelque soit son sexe a ses insuffisances.