#Mondochallenge : l’alcool, ce faiseur de fiançailles 9


Crédit photo : pixabay.com

 

Un togolais normal ne résiste pas beaucoup aux breuvages mousseux et autres boissons fortes. Comment peut-il en être autrement dans un pays où les bars qui abondent à tous les coins de rue comptent plus de fidèles que les églises ?

C’est ce que je n’ai de cesse de rappeler à Thomas, ce vieil ami, quand nous nous retrouvons le weekend pour prendre un verre. Une petite bière bien fraîche pour monsieur ? Jamais de la vie. Un coca ou un cocktail de fruits sans une once d’alcool, ça suffira pour Thomas. Étant d’une « race particulière » de togolais qui ont l’alcool en horreur, il m’avait même mis au défi de le convaincre de débourser le moindre centime pour de l’alcool.

Je n’ai pas eu besoin de me tuer à la tâche pour ce défi. C’est Cupidon qui a eu raison de Thomas quand sa flèche l’a touché en plein cœur et l’a poussé à demander la main d’Anita, une belle jeune dame en qui il disait avoir trouvé l’âme sœur. Une demoiselle qui partageait pourtant l’aversion de son prétendant pour l’alcool.

La démarche fut naturellement un parcours de combattant pour Thomas qui était loin de s’imaginer ce qui l’attendait. Demander la main d’une filleen Afrique n’est pas aussi simple que dans les films de Hollywood où il suffit de tendre à sa bien-aimée une bague de fiançailles en fléchissant le genou. Le consentement de l’heureuse élue n’est qu’une étape. Encore faut-il demander sa main à ses parents à travers l’incontournable rituel de la dot.

Une addition aussi piquante que le gout de l’alcool

Pour ce faire, Thomas accompagné d’un oncle poussa la porte de la maison des parents d’Anita pour leur faire part de ses intentions. Ayant écouté attentivement Thomas, et recueilli l’avis favorable d’Anita, les parents quittèrent un moment leurs hôtes puis le futur beau-père revint seul. Il reprit place et remit à l’oncle de Thomas un papier comportant la liste des choses à offrir pour la dot, selon les usages de la famille. Sur la feuille qu’il me présenta des jours plus tard, je lisais ceci :

  • 20 tissus wax de 4 mètres chacun ;
  • 3 grosses marmites ;
  • 3 casseroles ;
  • une bague ;
  • un carton d’eau minérale.

Mais ce qui retenait surtout mon attention et qui obligeait Thomas à solliciter mon aide était ceci :

  • 4 casiers de bière ;
  • 4 bouteilles de vin ;
  • 12 bouteilles de liqueur.

Et enfin une bible pour bénir le tout.

A la lecture de ces éléments, je lui ai lancé, avec un sourire en coin :

– Alors mon gars. Ce fameux défi que tu m’as lancé, ça tient toujours ? Voilà qu’il te faut dépenser bien plus de sous qu’en une soirée pour de l’alcool. L’amour, quand tu nous tiens !

– Hey ! Ce n’est pas le moment de faire ton rabat-joie. Tu ferais mieux de m’aider à trouver toutes ces boissons, m’a-t-il répondu sèchement, d’un air abattu.

Pour Thomas l’addition était salée, aussi piquante que l’alcool mais c’était le prix à payer. Il n’oserait même pas s’en tenir à la valeur officielle de la dot qui « ne peut excéder 10 000 francs CFA », selon la loi au Togo. De toute façon tout le monde s’en fiche et personne n’a jamais tenu compte de cette loi. Ensemble nous faisons donc le tour des boutiques pour trouver de quoi satisfaire la future belle-famille.

Après deux jours de course, tout y était : de la bonne bière, du vin rouge, du vin blanc, du vin mousseux, du rhum, du whisky, et même de la vodka.

Tout fut fin prêt et une fois informée, la future belle-famille arrêta une date pour la cérémonie de remise de dot.

Le jour du calvaire

Au domicile des parents d’Anita, la cérémonie fut surement un moment de grande surprise pour Thomas.  Au bout de plusieurs heures d’attente, la famille de Thomas qui accusait du retard fit son entrée et s’installa sous le regard nerveux d’oncles et tantes d’Anita qui s’impatientaient. Une tante de la future fiancée se présentant comme porte-parole de la famille s’empressa d’exiger la somme de 50 000 francs CFA pour le retard. Injonction vite exécutée par un oncle, porte-parole du fiancé.

S’en suivirent entre les deux familles des tractations d’une allure théâtrale. Puis la tante d’Anita ordonna de faire entrer les futurs fiancés. Arriva d’abord Anita, accompagnée d’un cortège de jeunes filles qui chantaient et dansaient. Elle prit place devant ses parents, puis fut rejointe par Thomas.

Le moment décisif approchait. Sous les vivats et cris de joie de l’assistance, un groupe de 3 jeunes filles portant sur la tête les éléments de la dot vint les déposer sur une table dressée devant les jeunes amoureux. Avec l’aide de celles-ci, la tante d’Anita les emporta dans une pièce où entrèrent d’autres membres de la famille pour examiner le contenu de la dot.

La tante en sortit au bout d’un quart d’heure pour livrer son verdict.

Le regard austère, elle prit la parole :

Monsieur Thomas, nous apprécions l’effort consenti pour la dot demandée. Mais je constate malheureusement qu’elle est incomplète. Vous avez fourni beaucoup de liqueurs, mais vous avez oublié l’essentiel. Où est le sodabi* ? Si vous connaissiez vraiment Anita et le village dont elle est originaire, vous n’auriez pas fourni une dot sans sodabi.

Puis elle exigea encore 50 000 francs pour compenser le manque de sodabi. L’oncle de Thomas tenta désespérément de négocier sa clémence mais la tante toute puissante restait ferme. Tournant mon regard vers Thomas, je pouvais lire sur son visage la surprise et la consternation. Pauvre de lui ! C’en était trop pour le jeune homme dont le budget était encore sollicité pour ce qu’il détestait le plus au monde. Il n’eut pas d’autre choix que de faire diligence.

Sorti de ce calvaire, Thomas retint à son corps défendant, une leçon : en Afrique,  la voie du mariage passe aussi par l’alcool. Bien souvent on n’y échappe pas quand on pense à se marier.

Si vous êtes comme Thomas, il ne vous reste qu’à espérer de tomber sur une belle-famille qui, pour des raisons religieuses ou autres, n’exige pas de boisson forte pour la dot. Et là encore, ce cas reste marginal.

Allez, santé !

*sodabi : liqueur obtenue par la distillation du vin de palme, très répandue en Afrique de l’Ouest.

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir aux autres et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!

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