Echos de mes états d’âme http://eli.mondoblog.org Des mots qui font retentir émotions et opinions Tue, 23 Jul 2019 14:11:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.7.15 Le salaire de l’intolérance http://eli.mondoblog.org/salaire-de-lintolerance/ http://eli.mondoblog.org/salaire-de-lintolerance/#comments Mon, 08 Jul 2019 15:35:48 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=1058 Avec un brin d’espoir au cœur, Awa qui constatait un retard de ses règles, s’enferma dans les toilettes pour procéder au test de grossesse. Peine perdue. Elle trouva un résultat qui lui était si familier depuis 5 ans de mariage. Un résultat à lui faire perdre le moral pendant des jours et des nuits. L’unique […]

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Avec un brin d’espoir au cœur, Awa qui constatait un retard de ses règles, s’enferma dans les toilettes pour procéder au test de grossesse. Peine perdue. Elle trouva un résultat qui lui était si familier depuis 5 ans de mariage. Un résultat à lui faire perdre le moral pendant des jours et des nuits. L’unique barre qui s’affichait sur le test était synonyme de résultat négatif. Toujours pas le moindre signe d’une grossesse.

Dépitée par un énième test infructueux, Awa quitta précipitamment les toilettes. Elle partit se jeter sur le lit conjugal toute en pleurs, avec le maudit test en main. L’attente d’un premier enfant tant désiré dans son foyer s’éternisait et lui était désormais intenable. A bout de souffle telle une combattante perdue sur le champ de bataille, Awa sentait grandir son chagrin en ressassant tous les sacrifices endurés pour une quête commune, un rêve partagé avec Koffi, son mari.

La pression de la belle-mère

Koffi, comptable trentenaire, à son retour du travail, vint trouver sa femme dans un état attristant. A la vue du test qu’elle tenait, il comprit ce qui l’affligeait. Il s’empressa de se débarrasser de son sac, avant d’arracher à Awa le test et de le jeter dans un coin de la chambre.

Nos pleurs ne nous apporteront pas cet enfant tant espéré. Il nous faut rester forts.

Lui dit-il, pendant qu’il lui essuyait les larmes.

Depuis le jour où, étudiante, elle a connu Koffi, elle trouvait en lui un cœur bienveillant et le calme d’un havre dans les temps difficiles. Elle se sentait séduite par ce don qu’il avait, par son attention et ses mots, d’apaiser ses états d’âme les plus sombres. Et Dieu sait combien ces qualités ont compté pour elle au moment de répondre à sa demande en mariage.

Au cours des 5 années de vie commune, le jeune couple n’avait pas tari d’affection mutuelle. Awa était heureuse de partager avec son époux une aventure riche de ces savoureux instants d’intimité, ces bouts de bonheur qui n’ont pas de prix. Elle était heureuse de ce lien fusionnel qui ne semblait pas succomber à l’usure du temps. Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’à son foyer manquait un élément précieux comme une pièce manque à un puzzle.

Qu’avons-nous fait au bon Dieu pour subir un tel sort ?

S’interrogea-t-elle d’une voix à peine audible.

J’en sais rien. Mais il vaut mieux tenir bon au lieu de nous morfondre. Ce bébé finira par venir, crois-moi.

A l’écoute de cette réponse qui résonna dans ses oreilles comme une vieille chanson, elle répliqua avec un air perplexe.

Si seulement ta mère pouvait partager ta patience, elle nous épargnerait autant de pression et nous aurions la paix.

Koffi n’a jamais approuvé ce reproche qu’Awa avait l’habitude de faire à sa belle-mère qui a de tout temps eu une grande influence dans la vie de son fils. Et pourtant, elle était plus pour Awa une source de stress qu’un soutien.

Unique fils et orphelin de père, Koffi était confronté au jugement de sa famille et plus précisément de sa mère.

Chaque fois qu’elle rencontrait sa belle-mère ou l’accueillait chez elle, Awa avait droit à une litanie de questions embarrassantes du genre :

« Qu’attends-tu pour faire un enfant à mon fils? », « tu ne veux pas me laisser voir mes petits-enfants avant que je ne me retrouve dans une tombe ?», « vous vous occupez bien le soir quand même ? ».

Des propos devenus à la longue si blessants qu’elle s’est résolue à s’isoler de sa belle-famille, à bouder sa belle-mère autant que possible.

De mal en pis pour Awa

Au fil du temps, cette grossesse se faisait toujours désirer. En consultation chez un gynécologue, ce dernier décela après plusieurs analyses, que dans l’appareil génital d’Awa, ses trompes souffraient d’une anomalie qui réduisait la probabilité d’une grossesse. Il lui prescrit un tas de médicaments mais rien n’y fit.

Il n’en fallait pas plus à sa belle-mère pour la juger incapable de concevoir un enfant. Son fils ne pouvait plus continuer à vivre avec cette femme. Quand Koffi parla à sa mère de l’éventualité d’une adoption, elle opposa une telle hostilité qu’il y renonça aussitôt.

Comment ça ? Adopter un enfant qui n’est même pas le tien ? Hors de question. N’est-ce pas cette femme infertile qui t’a mis cette idée bizarre dans la tête ? Elle m’inquiète de plus en plus. On dirait qu’en plus d’être incapable de te donner un enfant, elle t’a attaché avec ses gris-gris.

Répondit-elle avec virulence.

Elle méprisait clairement Awa et ne s’en cachait plus. A défaut de s’en débarrasser, elle lui trouverait volontiers une coépouse qui pourrait réussir là où elle a échoué. Une option qu’elle n’écartait désormais plus, car étant obsédée par l’envie de voir à tout prix un enfant issu des entrailles de son fils. Forte de son influence sur les choix de Koffi, elle s’évertua avec beaucoup de tact à le convaincre de prendre une seconde femme. Dans cette entreprise, elle pouvait d’ailleurs compter sur le soutien d’oncles et tantes de Koffi. Ce dernier opposa un refus mais finit par céder.

Le mari attentionné devint pour Awa un homme distant, méconnaissable. Une autre femme avait les égards de Koffi qui voulut la faire cohabiter avec Awa après s’être acquitté de la dot. Awa, qui n’était pas près de partager le cœur de Koffi avec une autre, préféra le divorce à une situation qu’elle jugeait ubuesque et humiliante.

Une intolérance payée au prix fort

Koffi, se plaisait plutôt bien dans sa nouvelle liaison, jusqu’au jour où il découvrit que l’ex de sa bien-aimée était en réalité un amant.

« Une duperie que jamais Awa n’aurait osé me faire subir», pensait-il.

Dans l’espoir de rattraper le temps perdu, il prit son courage à deux mains et alla retrouver Awa. Il lui confia son regret de l’avoir perdue et plaida pour une seconde chance.

Je suis désolée mais il est bien trop tard pour nous. Il est trop tard pour tenter de recoller les morceaux.

Dit-elle avant d’anéantir totalement les espoirs de Koffi en ces termes:

Il y un an, j’ai retrouvé un vieil ami. Nos liens se sont resserrés. Nous nous aimons et nous nous marierons la semaine prochaine. Pour tout te dire, avec lui, je me sens respecté comme une femme à part entière. Je ne suis plus réduite à une machine à faire des gosses bonne à jeter à la poubelle quand elle ne fonctionne pas. Je te souhaite de construire ton bonheur, avec une femme meilleure que moi qui concevra cet enfant que je n’ai pas pu avoir avec toi.

 

Et si jamais elle n’en est pas capable, je prierai pour que tu comprennes et que tu aies le courage d’expliquer à ta mère que l’incapacité d’enfanter n’enlève rien à sa condition de femme. Je prierai pour que tu saches autant que ta mère que ne pas concevoir d’enfant ne rend pas une femme moins digne de respect que les autres .

Bouche bée face à une réponse sèche aux allures d’adieu, Koffi tourna les talons. Il rebroussa chemin, conscient d’avoir bradé son cœur contre une confiance aveugle en une mère intolérante.

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#Mondochallenge : l’alcool, ce faiseur de fiançailles http://eli.mondoblog.org/lalcool-faiseur-de-fiancailles/ http://eli.mondoblog.org/lalcool-faiseur-de-fiancailles/#comments Mon, 22 Apr 2019 20:58:09 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=1038 Un togolais normal ne résiste pas beaucoup aux breuvages mousseux et autres boissons fortes. Comment peut-il en être autrement dans un pays où les bars qui abondent à tous les coins de rue comptent plus de fidèles que les églises ?

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Crédit photo : pixabay.com

 

Un togolais normal ne résiste pas beaucoup aux breuvages mousseux et autres boissons fortes. Comment peut-il en être autrement dans un pays où les bars qui abondent à tous les coins de rue comptent plus de fidèles que les églises ?

C’est ce que je n’ai de cesse de rappeler à Thomas, ce vieil ami, quand nous nous retrouvons le weekend pour prendre un verre. Une petite bière bien fraîche pour monsieur ? Jamais de la vie. Un coca ou un cocktail de fruits sans une once d’alcool, ça suffira pour Thomas. Étant d’une « race particulière » de togolais qui ont l’alcool en horreur, il m’avait même mis au défi de le convaincre de débourser le moindre centime pour de l’alcool.

Je n’ai pas eu besoin de me tuer à la tâche pour ce défi. C’est Cupidon qui a eu raison de Thomas quand sa flèche l’a touché en plein cœur et l’a poussé à demander la main d’Anita, une belle jeune dame en qui il disait avoir trouvé l’âme sœur. Une demoiselle qui partageait pourtant l’aversion de son prétendant pour l’alcool.

La démarche fut naturellement un parcours de combattant pour Thomas qui était loin de s’imaginer ce qui l’attendait. Demander la main d’une filleen Afrique n’est pas aussi simple que dans les films de Hollywood où il suffit de tendre à sa bien-aimée une bague de fiançailles en fléchissant le genou. Le consentement de l’heureuse élue n’est qu’une étape. Encore faut-il demander sa main à ses parents à travers l’incontournable rituel de la dot.

Une addition aussi piquante que le gout de l’alcool

Pour ce faire, Thomas accompagné d’un oncle poussa la porte de la maison des parents d’Anita pour leur faire part de ses intentions. Ayant écouté attentivement Thomas, et recueilli l’avis favorable d’Anita, les parents quittèrent un moment leurs hôtes puis le futur beau-père revint seul. Il reprit place et remit à l’oncle de Thomas un papier comportant la liste des choses à offrir pour la dot, selon les usages de la famille. Sur la feuille qu’il me présenta des jours plus tard, je lisais ceci :

  • 20 tissus wax de 4 mètres chacun ;
  • 3 grosses marmites ;
  • 3 casseroles ;
  • une bague ;
  • un carton d’eau minérale.

Mais ce qui retenait surtout mon attention et qui obligeait Thomas à solliciter mon aide était ceci :

  • 4 casiers de bière ;
  • 4 bouteilles de vin ;
  • 12 bouteilles de liqueur.

Et enfin une bible pour bénir le tout.

A la lecture de ces éléments, je lui ai lancé, avec un sourire en coin :

– Alors mon gars. Ce fameux défi que tu m’as lancé, ça tient toujours ? Voilà qu’il te faut dépenser bien plus de sous qu’en une soirée pour de l’alcool. L’amour, quand tu nous tiens !

– Hey ! Ce n’est pas le moment de faire ton rabat-joie. Tu ferais mieux de m’aider à trouver toutes ces boissons, m’a-t-il répondu sèchement, d’un air abattu.

Pour Thomas l’addition était salée, aussi piquante que l’alcool mais c’était le prix à payer. Il n’oserait même pas s’en tenir à la valeur officielle de la dot qui « ne peut excéder 10 000 francs CFA », selon la loi au Togo. De toute façon tout le monde s’en fiche et personne n’a jamais tenu compte de cette loi. Ensemble nous faisons donc le tour des boutiques pour trouver de quoi satisfaire la future belle-famille.

Après deux jours de course, tout y était : de la bonne bière, du vin rouge, du vin blanc, du vin mousseux, du rhum, du whisky, et même de la vodka.

Tout fut fin prêt et une fois informée, la future belle-famille arrêta une date pour la cérémonie de remise de dot.

Le jour du calvaire

Au domicile des parents d’Anita, la cérémonie fut surement un moment de grande surprise pour Thomas.  Au bout de plusieurs heures d’attente, la famille de Thomas qui accusait du retard fit son entrée et s’installa sous le regard nerveux d’oncles et tantes d’Anita qui s’impatientaient. Une tante de la future fiancée se présentant comme porte-parole de la famille s’empressa d’exiger la somme de 50 000 francs CFA pour le retard. Injonction vite exécutée par un oncle, porte-parole du fiancé.

S’en suivirent entre les deux familles des tractations d’une allure théâtrale. Puis la tante d’Anita ordonna de faire entrer les futurs fiancés. Arriva d’abord Anita, accompagnée d’un cortège de jeunes filles qui chantaient et dansaient. Elle prit place devant ses parents, puis fut rejointe par Thomas.

Le moment décisif approchait. Sous les vivats et cris de joie de l’assistance, un groupe de 3 jeunes filles portant sur la tête les éléments de la dot vint les déposer sur une table dressée devant les jeunes amoureux. Avec l’aide de celles-ci, la tante d’Anita les emporta dans une pièce où entrèrent d’autres membres de la famille pour examiner le contenu de la dot.

La tante en sortit au bout d’un quart d’heure pour livrer son verdict.

Le regard austère, elle prit la parole :

Monsieur Thomas, nous apprécions l’effort consenti pour la dot demandée. Mais je constate malheureusement qu’elle est incomplète. Vous avez fourni beaucoup de liqueurs, mais vous avez oublié l’essentiel. Où est le sodabi* ? Si vous connaissiez vraiment Anita et le village dont elle est originaire, vous n’auriez pas fourni une dot sans sodabi.

Puis elle exigea encore 50 000 francs pour compenser le manque de sodabi. L’oncle de Thomas tenta désespérément de négocier sa clémence mais la tante toute puissante restait ferme. Tournant mon regard vers Thomas, je pouvais lire sur son visage la surprise et la consternation. Pauvre de lui ! C’en était trop pour le jeune homme dont le budget était encore sollicité pour ce qu’il détestait le plus au monde. Il n’eut pas d’autre choix que de faire diligence.

Sorti de ce calvaire, Thomas retint à son corps défendant, une leçon : en Afrique,  la voie du mariage passe aussi par l’alcool. Bien souvent on n’y échappe pas quand on pense à se marier.

Si vous êtes comme Thomas, il ne vous reste qu’à espérer de tomber sur une belle-famille qui, pour des raisons religieuses ou autres, n’exige pas de boisson forte pour la dot. Et là encore, ce cas reste marginal.

Allez, santé !

*sodabi : liqueur obtenue par la distillation du vin de palme, très répandue en Afrique de l’Ouest.

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La Francophonie, Molière et les langues nationales http://eli.mondoblog.org/francophonie-langues/ http://eli.mondoblog.org/francophonie-langues/#comments Wed, 20 Mar 2019 08:00:46 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=1021 On parle beaucoup de francophonie en Afrique, pourtant les langues locales sont très présentes. Au Sénégal, le wolof domine, et à Lomé, la capitale togolaise, le français n’est pas aussi roi qu’on peut le penser.

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Écolier malien 
Photo: Olivier EPRON, Février 2005 (source: wikipedia.org)

Aujourd’hui c’est jour de fête pour la Francophonie. Au-delà du fait que le français représente un patrimoine commun pour les pays membres, l’espace francophone est aussi marqué par une grande diversité de cultures, et de langues. Loin de vouloir gâcher la fête, je me permets à cette occasion de placer ici un mot sur la place des langues nationales dans les pays africains francophones.

Cela ne vous aura pas échappé que le français est la langue officielle de ces pays. Mais sur ce point je préfère relativiser depuis que j’ai reçu en pleine figure, lors de mon premier séjour à Dakar, une leçon que je ne suis pas près d’oublier.

La leçon de Dakar

Arrivé tout enchanté dans la capitale, je pensais déjà à comment profiter pleinement du séjour puis tout à coup je constate un pétit bémol en ouvrant ma valise.  Un des pantalons qui y été rangés avait la braguette endommagée. (Ne pas rire trop fort hein. Que le premier gars qui n’a jamais connu ça me jette la première pierre). Je le mis alors rapidement dans un sac et partit à la recherche d’un couturier. Un mal pour un bien, avais-je pensé car en bon touriste curieux, je pouvais commencer à découvrir la ville en arpentant les rues dakaroises. Au bout de plusieurs minutes de marche, j’entreprends de demander à un commerçant se tenant devant sa boutique près du trottoir.

« Bonjour. Connaissez-vous un couturier dans les parages ? »

A ma grande surprise, il me fait une réponse en wolof accompagnée d’un hochement de tête qui me fait deviner qu’il ne pouvait rien pour moi. Je tente encore de me renseigner auprès d’un passant et rebelote. Il me répond aussi dans un wolof dont je ne comprenais pas un seul mot.

Sur le coup je me croyais embarqué dans une mission impossible mais je finis par trouver une issue heureuse quand quelques mètres plus loin je tombai sur un jeune homme qui m’indiqua du doigt un petit atelier de couture de l’autre côté de la route.

Quand venait le moment de m’adresser à un chauffeur de taxi et de négocier le tarif, j’ai dû mon salut à la formule courante apprise à travers Samantha, habitante de Dakar : « nanga deff…niatala* ? »

J’en ai retenu que ce pays était en réalité plus wolophone (si vous permettez le terme) que francophone.

 

 

A quoi nous sert la langue de Molière ?  

J’ai été bien impressionné par la domination flagrante du wolof, mais je dois admettre que même à Lomé le français n’est pas aussi roi qu’on peut le penser. Il est certes présent à l’école, à l’université, sur les médias ou dans les milieux professionnels mais ce que j’entends au quotidien dans la rue n’est pas tout à fait la langue chère à Molière. J’ai plutôt l’habitude d’entendre un patois, un savant mélange du mina* et du français. Et en quittant la ville pour les villages, je me rends compte que là-bas, les gens s’expriment plus aisément en leurs propres langues qu’en français qui semble réservé aux non-autochtones.

Maîtriser sa langue c’est bien mais quand on ne comprend que celle-là, on peut se retrouver  handicapé dans certaines situations. On peut se sentir limité dans ses rapports avec le monde extérieur. L’expérience vécue à Dakar me fait d’ailleurs penser qu’avec nos langues nationales, il est encore plus difficile de communiquer avec des étrangers. On se fait mieux comprendre des gens issus d’autres peuples d’Afrique et d’ailleurs avec le français, pour la simple raison que cette langue est plus parlée dans le monde que le wolof ou d’autres langues nationales. C’est en tout cas une réalité indéniable que le français que nous avons en partage dans l’espace francophone fait partie des langues internationales, des langues officielles de l’ONU (pourquoi pas le swahili*?).

En raison de la place du français dans le monde, son apprentissage et son usage ne présentent pas seulement un enjeu culturel. Il est aussi question d’enjeu géopolitique selon les intérêts de tel ou tel autre pays. Comme en témoignent l’adhésion du Ghana, pays anglophone, à l’OIF en tant qu’Etat associé, l’enseignement obligatoire du français du cours primaire au secondaire envisagé par le président ghanéen, et la nomination à la tête de l’OIF de Louise Mushikiwabo du Rwanda, où le français n’est que la 3ème langue officielle. Le Ghana entouré de pays francophones et le Rwanda plus ouvert à la coopération française y trouvent surement leur compte.

Que faire de nos langues nationales ?

En Afrique francophone, la nécessité de savoir lire, écrire et s’exprimer en français va de soi, mais elle ne devrait pas pour autant faire oublier la place des langues nationales. Malheureusement j’ai l’amère impression qu’au Togo, la primauté de la langue de Molière, seule langue de travail et principale langue d’enseignement a conduit la plupart à porter un regard condescendant sur les langues nationales. Elles semblent méprisées dans les espaces de débat public, par certains médias et dans les lieux de diffusion du savoir. Il y a même des écoles où les enseignants se vantent de punir des élèves s’exprimant en langues locales. De quoi me faire oublier que ces langues sont quand même programmées dans l’enseignement comme matières facultatives.

Pourtant chaque fois que je retrouve la revendeuse d’ayimolou* bien chaud pour m’offrir un bon plat matinal, ce n’est pas en français que je passe ma commande. Rares sont ses clients qui le font d’ailleurs même si la revendeuse comprend bien le français. C’est dire que les langues locales restent bien présentes dans notre quotidien.

Je ne suis pas pour une guerre des langues (qui ne sont pas logées à la même enseigne de toute façon). Je pense qu’au Togo comme dans d’autres pays, il serait judicieux d’assumer la place des langues nationales dans nos sociétés et leur valeur en tant qu’éléments du patrimoine culturel.

Certains pays l’ont compris. Le wolof et d’autres dialectes ont leur place au parlement. Depuis bien des années au Sénégal ou au Ghana par exemple, il n’est pas rare qu’un président s’exprime en langue locale sans le moindre complexe.

 

 

Pour exister culturellement, ces pays tout en restant membres à part entière de la francophonie, auraient intérêt à faire vivre les langues nationales dans leur système éducatif et dans les livres. Je ne sais pas s’il y a au moins une œuvre déjà écrite dans une langue locale, à part la bible et le dictionnaire. Pourquoi ne pas en produire davantage ou traduire des œuvres d’auteurs togolais ? Encore faudrait-il que les uns et les autres sachent lire dans ces langues. On aura beau produire des livres en éwé* ou en kabyè* mais tant que l’apprentissage des langues locales  ne sera pas systématique, ces œuvres ne serviraient à rien.

Il ne s’agit pas forcément d’en faire des langues officielles au même titre que le français. Pas tout à fait évident pour des pays qui comptent une kyrielle de langues. Il s’agit plutôt d’œuvrer à évoluer d’un regard condescendant à un regard décomplexé sur ces langues qui font partie intégrante de ce qui nous définit.

Et qui sait ? Peut-être qu’en y parvenant un jour dans mon pays, on pourrait voir le président ou son ministre s’adresser publiquement à ses concitoyens en éwé, kabyè* ou kotokoli* si ça le chante.

Gbégné djanyi* !

 

 

 

Nanga deff…niatala?* : Bonjour…c’est combien? (en wolof)

Mina*: Langue parlée au sud du Togo et du Bénin

Swahili*: Langue d’origine bantoue qui compte le plus grand nombre de locuteurs en Afrique

Ewé*: Langue parlée au sud du Togo et du Ghana

Kabyè*: Langue parlée au nord du Togo, du Bénin et du Ghana. Elle est attribuée au peuple du même nom (kabyès)

Kotokoli*: Langue attribuée aux Tems, un peuple de la région centrale du Togo.

Ayimolou*: mélange de riz et d’haricot, très consommé à Lomé.

Gbégné djanyi*: Littéralement en français « ma parole est tombée ».  Expression utilisée en mina pour marquer une conclusion.

 

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Les grands gagnants de la coupe du monde 2018 à Lomé http://eli.mondoblog.org/grands-gagnants-mondial-de-foot-a-lome/ http://eli.mondoblog.org/grands-gagnants-mondial-de-foot-a-lome/#comments Mon, 09 Jul 2018 07:00:47 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=984   Cela ne vous aura pas échappé, à l’heure où vous lisez ce billet, le mondial russe de football se poursuit sans les équipes africaines. Si, depuis leur élimination au premier tour, certains montrent moins d’intérêt à suivre la compétition, d’autres y trouvent leur compte. Car pendant que les supporteurs déçus grincent des dents, d’autres […]

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Crédit: AP Photo/Matthias Schrader

 

Cela ne vous aura pas échappé, à l’heure où vous lisez ce billet, le mondial russe de football se poursuit sans les équipes africaines. Si, depuis leur élimination au premier tour, certains montrent moins d’intérêt à suivre la compétition, d’autres y trouvent leur compte. Car pendant que les supporteurs déçus grincent des dents, d’autres comptent paisiblement les billets d’argent glanés pendant ce mondial : il s’agit des vendeurs de maillots et propriétaires de bars. Pour moi, à Lomé, ce sont eux les vrais gagnants du mondial.

Cet événement sportif largement suivi qu’est la coupe du monde de football ne suscite pas seulement des émotions dans les rangs des spectateurs. Elle génère aussi quelques profits. C’est donc une aubaine pour quiconque cherche à booster ses affaires. Les commerçants de Lomé l’ont vite compris, et ont tout mis en œuvre pour faire recette.

La projection de matchs dans les bars, un choix gagnant

Dans les bars, la projection des matchs est devenue une méthode imparable pour attirer la clientèle et stimuler la fréquentation. Difficile pour tout usager de la route d’ignorer le déroulement d’un match. Il suffit d’un petit tour dans les quartiers pour apercevoir des bars en plein air où de nombreux clients suivent attentivement un match, installés face à une bonne bière fraîche. À chaque occasion de but, les clameurs attirent l’attention des passants, et la plupart d’entre eux s’attroupent devant l’écran.

Des passants arrêtés devant un écran
Crédit: eli.mondoblog.org

Pour tout bon amateur de foot, il n’y a pas meilleur endroit qu’un bar branché. C’est par excellence le lieu où se retrouvent les passionnés qui aiment jouer aux entraîneurs le temps d’un match. C’est là que les supporteurs jouent leur match à eux, celui des commentaires et des critiques. L’envie m’a d’ailleurs déjà pris d’aller goûter à la folle ambiance d’un de ces bars en compagnie de quelques potes, avec un bon breuvage pour se rafraîchir la gorge. Dans ces occasions là, les plus heureux ne sont pas cette masse de clients venue vivre comme moi sa passion tout en sirotant de la bonne bière. Le plus heureux, c’est sans doute le propriétaire du lieu, qui voie ses poches se garnir toujours un peu plus.

Un soir de match au bar de Roméo 

A quelques heures du match Brésil-Belgique comptant pour les quarts de finale, Roméo, le gérant d’un bar au nord de Lomé, s’affaire au comptoir. D’un air concentré il s’active à préparer une soirée de foot qui s’annonce animée. Tous les détails sont passés en revue : liste de boissons disponibles, meubles, sonorisation et surtout le vidéo projecteur.

Roméo, gérant de bar
Crédit: eli.mondoblog.org

Nous avons l’habitude de projeter les matches lors des grandes compétitions, comme la Coupe d’Afrique des Nations ou la ligue européenne des champions. La diffusion des matchs du mondial allait donc de soi. Beaucoup de clients viennent suivre ces matchs le soir, au retour du boulot, et pendant le week-end. La Coupe du monde nous a d’ailleurs permis de constater une légère augmentation de nos bénéfices.

me confie-t-il lorsque je lui demande quelles sont les retombées des projections pour son bar.

L’affluence constatée ce soir-là donne raison à Roméo. Dès le coup d’envoi du match, des clients sont venus s’installer dans ce bar bien éclairé par la lumière des hauts lampadaires dressés à proximité.

Crédit: eli.mondoblog.org

Très vite, la place est investie par les amateurs du spectacle diffusé sur l’écran.

Pour Roméo, il y a surement de quoi se frotter les mains.

 

Les maillots du Nigéria vendus comme des petits pains

Et que dire des vendeurs de maillots ? Eux aussi ont su profiter de la passion autour de cet événement ! Bien avant le début de la compétition, certaines boutiques exposaient déjà quelques maillots, notamment ceux du Nigéria, du Sénégal ainsi que d’autres équipes dites favorites.

Au grand marché de Lomé, beaucoup de commerçants ont misé sur la vente du maillot du Nigéria, très apprécié pour son design particulier. Et ç’a carrément été la ruée vers ces maillots du Nigéria ! Face à cette forte demande, les vendeurs se sont frotté les mains. Certains en ont même abusé en faisant varier les prix à leur guise, de 5000 F à 7000 F. Les plus malins ont proposé des maillots personnalisés : l’acheteur se voyait proposer de faire imprimer au dos de son maillot un nom et un numéro de son choix, à raison de 250F la lettre et 300F le chiffre. Rien que ça !

Porté par la fièvre footballistique, je n’ai pas résisté longtemps à la tentation de m’offrir mon propre T-shirt. Je suis donc parti à la recherche du nouveau maillot clinquant du Nigéria, personnalisé. Puis je l’ai arboré fièrement, histoire de me sentir dans la peau d’un joueur. Petit plaisir pour un footeux !

Credit: eli.mondoblog.org

Il faut tout de même noter que les profits de cette vente n’ont duré que le temps des prestations du Nigéria dans cette compétition. Une fois le Nigéria éliminé, le maillot semble avoir pris un coup sur le marché. Pour m’enquérir de cette réalité, j’ai fait une petite virée dans la boutique d’Ahmed.

A l’entrée de sa boutique située dans le quartier de Klikamé, trône un mannequin en plastique avec le maillot du Nigéria.

Crédit: eli.mondoblog.org

 

Assis dans son établissement garni de vêtements sportifs, Ahmed était lui-même vêtu du maillot bleu de la France (photo ci-dessous).

La boutique d’Ahmed
Crédit: eli.mondoblog.org

Le jeune vendeur reconnait avoir fait quelques recettes.

Pendant cette coupe du monde j’ai vendu beaucoup de maillots du Nigéria. Ce sont essentiellement des étudiants qui sont venus en acheter.

affirme-t-il avant de relativiser :

A part les maillots du Nigéria, je n’ai pas vraiment pu vendre ceux des autres équipes. Avec l’élimination du Nigéria les ventes ont un peu chuté. Il est maintenant plus difficile d’écouler le stock qui reste.

Quant à moi, je garde malgré tout ce maillot comme un souvenir de cette coupe du monde.

Les réseaux sociaux, un véritable outil commercial

Il y a aussi ces vendeurs qui ont choisi de mettre à contribution les réseaux sociaux dans leur stratégie marketing. Des annonces sont publiées sur Facebook ou sur whatsapp pour une publicité directe et efficace de leurs maillots.

Capture d’une annonce publiée sur Facebook

 

Dans un pays où le paiement en ligne n’est pas suffisamment ancré dans les habitudes, les réseaux sociaux restent les principaux canaux numériques par lesquels les commerçants font la promotion de leurs produits.

Cela permet à ces vendeurs de maillots ont la possibilité de toucher plus rapidement leur cible, et leur offre un moyen de négocier les prix à distance.

 

En ce moment, le bonheur de tout propriétaire de bar ou vendeur de maillot serait donc de voir la compétition durer aussi longtemps que possible. Mais la différence est grande entre ces commerçants et nous autres amoureux du ballon rond qui nous contentons de savourer le spectacle. Car quel que soit le score du match, ils tirent toujours leur épingle du jeu avec quelques sous empochés.

Dans un match, il est d’usage de souhaiter que le meilleur gagne, mais le commerçant lui souhaite avant tout de gagner de l’argent. Et c’est de bonne guerre.

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Outrage à l’amour (II) http://eli.mondoblog.org/outrage-amour/ http://eli.mondoblog.org/outrage-amour/#comments Thu, 14 Jun 2018 10:10:30 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=977   Pendant un bon moment Patrick resta immobile devant ce papier qu’il examinait avec des yeux incrédules. Par la suite, il comprit qu’il s’agissait de la copie d’une demande d’assignation adressée à un huissier pour le faire comparaître dans une affaire d’harcèlement sexuel. Il n’en revenait pas. Cette demande était bien de Yawa, signée de […]

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Credit: pixabay.com

 

Pendant un bon moment Patrick resta immobile devant ce papier qu’il examinait avec des yeux incrédules. Par la suite, il comprit qu’il s’agissait de la copie d’une demande d’assignation adressée à un huissier pour le faire comparaître dans une affaire d’harcèlement sexuel.

Il n’en revenait pas. Cette demande était bien de Yawa, signée de sa main. La même main qu’il a  embrassée au cours de ces nuits de pleine jouissance partagées ensemble. Comment ont-ils pu en arriver là ? Comment peut-elle lui faire une chose pareille ? Qu’a-t-il fait pour mériter un sort aussi cruel ?  Tant de questions traversaient son esprit qui cherchait en vain une explication à cette situation rocambolesque.

Avec des mains tremblantes il plia le papier et le rangea dans son sac. Le murmure des élèves qui montait dans la salle s’arrêta quand Patrick se leva de sa chaise pour prendre la parole.

-Chers élèves, nous en resterons là pour aujourd’hui. En attendant de vous retrouver à la prochaine séance, je vous conseille de ne pas laisser ce petit incident troubler votre concentration. A bientôt.

Visiblement pas d’humeur à continuer le cours, il quitta précipitamment la classe pour rentrer chez lui.

A son passage dans la cour du lycée, tous ceux qui bavardaient à son sujet se taisaient et le fixaient d’un regard noir. Le genre de regard qu’on jette sur quelqu’un qui vient de commettre un forfait. A la place d’un juge ils seraient prêts à le condamner sur le champ. Sa présomption d’innocence ils s’en moquent bien.

Pour eux il n’y a rien de bien étonnant. D’ailleurs ces enseignants vicieux qui ont pour loisir de courir après la chair fraiche des jeunes élèves, on en voit dans d’autres écoles à Lomé. A leurs yeux Patrick n’était donc qu’un membre de cette bande d’enseignants à la libido incontrôlable qu’ils avaient réussi à démasquer.

Le soir venu, un huissier s’introduit chez lui pour lui remettre une lettre l’informant de sa convocation au tribunal correctionnel qui faisait suite à la plainte de Yawa. Il alla immédiatement rencontrer Edem, un vieil ami devenu avocat pour lui raconter tout ce qui s’est passé jusqu’au dépôt de cette plainte.

« 1 an à 3 ans de prison, une amende d’1 million à 3 millions de francs CFA. Voire plus s’il y a des circonstances aggravantes ». C’était selon les termes de Edem ce que son ami pourrait encourir comme sanction s’il était reconnu coupable dans cette affaire.

-Je ne vois pas comment elle pourrait avoir gain de cause. Cette affaire est totalement insensée, ajouta-t-il, avant de garantir à Patrick sa détermination à assurer sa défense.

Dans une nuit profonde, à une semaine de l’audience au tribunal, Patrick pensif sur son lit sentit son portable vibrer. Il saisit l’appareil et vit sur l’écran un appel en cours signalé. Le numéro affiché lui était inconnu mais il prit la peine de décrocher. De l’autre bout du fil émana une salutation d’une voix féminine qui lui sembla familière.

-Bonsoir Patrick. Entendit-il.

-Yawa, c’est toi ?

Tout en esquivant la question, l’interlocutrice fit une réplique qui en dit long sur son identité.

-Je n’appelle pas aujourd’hui pour servir des alibis. Nos liens se sont détériorés et j’en suis consciente. La rigueur qui me semblait excessive dans tes évaluations, tous ces échecs successifs m’ont fait douter de ton intérêt pour moi. J’ai éprouvé une colère que j’ai eu du mal à contenir et qui m’a fait dire des choses qu’au fond je ne pensais pas à ton sujet. Je t’en ai beaucoup voulu, mais pas au point d’aller à un procès. La plainte c’est une initiative de papa qui s’est mis dans tous ses états quand je lui ai parlé de notre liaison. Il était convaincu que tu cherchais à abuser de moi et que je n’avais pas toute ma tête. J’en suis désolée.

-Mais..mais je ne comprends pas. Pourquoi avoir signé cette….Allo !

Il tenta à peine de lui répondre quand elle raccrocha aussitôt. Les mots de Yawa lui apportaient une petite lumière sur cette situation absurde mais n’y changeaient pas grand-chose. Son honneur et sa réputation étaient toujours compromis.

Le premier jour de sa comparution au tribunal lui fit d’ailleurs sentir toute la fureur du fameux père de Yawa. Patrick était sur le point de s’installer dans la salle d’audience quand ce dernier, les poings fermés, surgit et s’avança vers lui comme un chien enragé prêt à en découdre avec un chat.

« Espèce de salopard. Je vais te régler ton compte, tu verras ! », lança cet homme colérique. Patrick a dû son salut à des agents de police qui se sont interposé pour calmer les ardeurs du bouillant père. Du côté de la partie plaignante, deux hommes étaient présents : un avocat et le père de Yawa, cet homme visiblement âgé dans un costume noir qui cachait mal son ventre bouffi. Aucune trace de Yawa pendant tout le procès qui dura deux jours. Aux dernières nouvelles, elle aurait quitté le lycée pour un autre établissement. Au cours de l’audience, son père s’est plus illustré par des écarts de langage que par des arguments pertinents pouvant convaincre le juge. Quant à Patrick qui plaida non coupable, il s’est employé à nier en bloc toutes les accusations.

Au bout d’un débat contradictoire le juge faute de preuves, acquitta Patrick.

La séance étant levée, Patrick entre soulagement et remords s’approcha du père déçu du verdict. Avec un peu de peur au ventre il lui adressa ces mots :

-Je suis sincèrement navré par la tournure de cette affaire. Je n’ai pas harcelé votre fille, mais j’ai nourri des sentiments qui n’avaient pas lieu d’être. Je réalise que j’ai failli à avoir toute la retenue qu’exigeait ma fonction d’enseignant vis-à-vis d’une élève. J’imagine la douleur que ce manquement peut laisser dans le cœur d’un père soucieux de l’éducation de sa fille. Pour cette défaillance je tenais à vous présenter mes excuses.

Il écouta le méa culpa puis sans dire un mot, tourna les talons et s’en alla.

Conscient d’avoir frôlé le pire, Patrick décida de démissionner de son poste au lycée pour se consacrer à un projet qui lui tenait à cœur : une thèse de doctorat en vue d’une carrière universitaire.

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Outrage à l’amour (I) http://eli.mondoblog.org/outrage-a-lamour-i/ http://eli.mondoblog.org/outrage-a-lamour-i/#comments Tue, 05 Jun 2018 17:07:13 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=910 Ce matin-là, Patrick déploya par réflexe son bras vers le téléphone à son chevet pour arrêter ce réveil qui chaque jour l’arrachait au sommeil dès 5 heures. Ce fut pour lui un matin assez particulier. Sentant les fines mains de Yawa lui parcourir l’épaule, il se retourna dans son lit et découvrit sur le visage […]

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Credit image: pixabay.com

Ce matin-là, Patrick déploya par réflexe son bras vers le téléphone à son chevet pour arrêter ce réveil qui chaque jour l’arrachait au sommeil dès 5 heures. Ce fut pour lui un matin assez particulier. Sentant les fines mains de Yawa lui parcourir l’épaule, il se retourna dans son lit et découvrit sur le visage de la demoiselle un sourire ravageur auquel il rendit la pareille. Dans ce bonheur matinal qui le comblait, il avait de la peine à se lever. Avant de retrouver la routine de ses activités quotidiennes, il s’offrait encore le temps d’admirer les courbes envoûtantes  de la belle Yawa avec qui il venait de passer toute la nuit.

« Ah ! Quelle délicieuse nuit ! », pensa-t-il intérieurement en se rappelant du plaisir savouré la veille au contact de cette demoiselle qu’il convoitait.

Avec elle, il était en train de vivre une histoire improbable, une aventure que peu de gens pourraient tolérer. Enseignant de son état, il savait bien que l’entourage verrait d’un mauvais œil ce lien qui se nouait entre lui et Yawa, son élève de 17 ans en classe de première.

« Une histoire d’amour un peu à la Macron, vécue à l’inverse!» se disait-il pour cacher par une note d’humour, l’angoisse d’une liaison sans lendemain.

Patrick est un trentenaire doué pour les mathématiques auxquelles il doit sa carrière dans un lycée privé de Lomé. Il est certes le plus jeune du personnel enseignant, mais il reste quand même un vieillot devant sa belle petite Yawa. Il a cru pouvoir se contenir, refouler au mieux tout ce qu’elle lui faisait ressentir. Mais il trouvait en sa jeune élève ce charme irrésistible qui semblait le désarmer de jour en jour. Il y avait définitivement succombé la veille, un dimanche soir, où il l’a croisé au hasard en rentrant chez lui. Il rangea sur le bas-côté de la route sa voiture, en sortit, l’appela et l’invita à monter dans sa voiture. Ce qu’elle fit sans hésiter.

Yawa est une jeune fille pétillante qu’il connait depuis son entrée au lycée. Une année scolaire est vite passée où il a découvert le goût de Yawa pour l’art qui l’a conduit à intégrer le club de théâtre du lycée. Jamais il n’avait connu d’autre élève dont il se sentait aussi proche. Jamais Yawa n’avait eu un enseignant dont elle appréciait autant la compagnie. Entre eux, le courant semblait passer depuis une éternité.

En la croisant ce soir-là, il se mit à penser que le temps devenait leur allié en les rapprochant davantage. Pour lui, cette rencontre fortuite en dehors du cadre scolaire n’avait rien d’un hasard. Engouffrée tout sourire dans la berline, elle salue son enseignant d’une voix chaleureuse. A la question de savoir ce qu’elle faisait dans les parages, elle explique qu’elle venait de rendre visite à une amie.

-Ah bon hein ! Moi je t’ai fait quoi pour que tu refuses de me rendre visite ? J’ai la tête de quelqu’un qui a la peste ?

Répond Patrick en prenant un air taquin.

-J’aimerais bien te faire connaitre mon domicile. Qu’en dis-tu ?

Visiblement embarrassée, Yawa observa un bref silence avant de donner son accord, puis précise qu’il lui faudra rentrer avant qu’il ne se fasse tard. Après quelques minutes de route, les voilà à destination. Ensemble ils se dirigèrent vers un immeuble de 4 étages, montèrent par les escaliers au premier étage où Patrick ouvrit une porte donnant accès à son appartement. Dans une petite pièce faisant office de salon, il la fit asseoir sur un canapé en cuir et lui servit du vin. Ils prirent tant de plaisir à parler de tout et de rien, que le temps parut court. Installée tout près de lui, elle lui parlait avec passion de son rôle pour la prochaine pièce de théâtre en préparation au lycée. Pendant ce temps Patrick sentait son regard se perdre dans le sien. Ses yeux étaient captivés par ses lèvres sur lesquelles il finit par poser les siennes. Yawa n’y opposa aucune résistance. Perdant tous le contrôle de leurs corps, ils s’entrelacèrent dans une nuit d’intense passion.

(Bon, là je vous laisse imaginer la suite. Ne comptez pas sur moi pour aller plus loin !)

A son réveil, Patrick prenait la mesure d’une situation qu’il redoutait. Il craignait pour son image au lycée et avait décidé, avec le consentement de Yawa, que cette histoire devrait rester leur secret à eux deux. Un secret de polichinelle sans doute, car la proximité entre eux depuis un an déjà les trahissait. De quoi éveiller des soupçons, et même la jalousie des jeunes lycéens qui avaient des visées sur Yawa.

Malgré tout, Patrick tenait fermement au sérieux dans le travail. Il s’est fait le serment de refuser toute complaisance quand il s’agissait de noter ses élèves. Il n’y avait pas meilleur moyen d’aider un élève que de lui attribuer une note à la juste valeur de son travail. Telle était sa philosophie. Yawa qui avait pour bête noire les maths n’en était pas épargnée. Pauvre d’elle qui espérait profiter de sa relation particulière avec son prof. En dépit du coup de main de Patrick dans ses révisions, elle multipliait des résultats catastrophiques. Désemparée et agacée par ce fiasco scolaire, elle ne cessait de lui reprocher vivement sa rigueur. Elle accusait Patrick d’être trop sévère dans ses évaluations, au point même de douter de son intérêt pour elle. Son agacement prenait des proportions telles qu’elle devenait de plus en plus distante.

L’intimité partagée dans l’appartement de Patrick avait disparu, autant que Yawa elle-même des cours de maths. A ses heures de cours Patrick retrouvait avec étonnement la place de Yawa vide. Ses appels pour avoir de ses nouvelles restaient sans réponse. Cependant une étrange rumeur se répandait dans toute l’école selon laquelle Yawa serait sexuellement harcelée par son prof de maths. Patrick restait serein jusqu’au jour où un homme, tenant en main une enveloppe, entra tout furieux dans sa classe. Sans dire le bonjour, il se mit à pester.

-Vous devriez avoir honte de vous-mêmes parce que vous n’êtes pas digne du titre d’enseignant. Vous devriez avoir honte d’abuser de votre position en harcelant ma fille. Le père que je suis aurait-il tort de vous confier l’éducation de son enfant? Je ne compte pas  vous laisser compromettre l’avenir de ma fille. Soyez en sûr.

Sur ces mots il lui jeta à la figure l’enveloppe avant de s’éclipser aussi vite qu’il est apparu.

Devant des élèves scandalisés, Patrick ouvrit l’enveloppe, en sortit un courrier dont il lut l’objet: une assignation en justice.

A suivre…

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Le dialogue togolais pour les nuls http://eli.mondoblog.org/dialogue-togolais-nuls/ http://eli.mondoblog.org/dialogue-togolais-nuls/#comments Mon, 19 Feb 2018 09:50:14 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=901 Au Togo, plongé dans une crise politique qui ne parvient pas à se résoudre, les partis en place aiment utiliser le "dialogue" pour tenter de trouver des solutions. Petit tour d'horizon des manières avec lesquelles ils confrontent leurs idées.

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Le Togo, qui subit une vive crise politique depuis le 19 août 2017, voit  s’ouvrir aujourd’hui un nouveau dialogue entre ses acteurs politiques. Il n’y a pas plus familier que le mot dialogue dans l’histoire de ce pays, en passe d’enregistrer près d’une vingtaine de pourparlers politiques depuis 1991. Quelqu’un connait-il un pays qui ait fait mieux sur le continent ? Ceux qui peuvent se targuer d’égaler cette triste prouesse se comptent surement sur le bout des doigts. En tout cas, ce palmarès, dont je vous fais cadeau de la longue liste, mériterait une place dans le Guinness des records.

Ces nombreux dialogues dont déborde l’histoire politique ont eu lieu à des époques  différentes, mais tous sont liés par les mêmes enjeux. Ils cherchent à établir des règles plus consensuelles du jeu démocratique et des conditions propices à une alternance démocratique et pacifique. Aujourd’hui, c’est la question des réformes politiques (prévues à l’issue d’un ancien dialogue) qui est au cœur des tiraillements.

Après 26 ans de conciliabules sans résultat, le « dialogue » semble être devenu un vrai hobby politique. On pourrait même trouver matière à écrire le livre « le dialogue togolais pour les nuls ». Voici justement un petit aperçu de ce qui fait la marque de fabrique d’un dialogue à la togolaise.

L’art de choisir son vocabulaire selon le coté où l’on se trouve

Selon qu’elle veut conquérir le pouvoir ou le conserver, chaque partie esquive soigneusement  les mots de son interlocuteur au cours des discussions. Il faut à tout prix éviter de donner raison à la partie adverse de peur de perdre ses intérêts ou de se retrouver dans une position inconfortable. Aux raisonnements issus d’un camp s’oppose donc toujours un argumentaire différent, conçu pour correspondre à ce que veut l’autre camp. On se cache même, au besoin, derrière la nécessité du consensus, on use de subterfuges pour ne pas trop lâcher du lest.

Ainsi au sujet des réformes politiques et institutionnelles, quand les uns parleront de retour à la Constitution de 1992 et de ses conséquences immédiates, les autres parleront plutôt de révision de la Constitution, de référendum et de non rétroactivité de la loi.

Autant dire que dans un dialogue togolais, tout le monde a raison.

Faire semblant d’ignorer les solutions déjà trouvées

Ce qu’il y a d’extraordinaire chez ces acteurs politiques, c’est qu’ils continuent d’enchaîner les dialogues malgré un nombre important d’accords déjà passés. Quelles que soient les décisions déjà prises, ils finissent par se retrouver à nouveau autour d’une table de discussions pour chercher des solutions qui ne diffèrent pas vraiment des précédentes. Tout ceci revient à vouloir enfoncer une porte ouverte.

Un éternel recommencement qui est sans doute dû à la difficile application des conclusions issues de chaque dialogue. Les leaders politiques ne seraient pas là aujourd’hui à discutailler autour des réformes s’ils avaient su mettre en œuvre les conclusions de l’accord politique global et les recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Toutes ces mesures auraient suffi à tracer une voie pour une sortie de crise. Mais apparemment on préfère réinventer la roue.

Faire porter à l’autre le chapeau du fiasco

Chaque fois que les parties parviennent à un accord, les espoirs suscités sont aussitôt déçus. L’embellie née des accords fait place au fiasco puisque les changements escomptés peinent à s’opérer. La faute à qui ? Au pouvoir en place, ou plutôt à l’opposition. Là encore, tout dépend de quel côté vous vous trouvez. Bizarrement aucune des parties n’a jamais été de mauvaise foi et ne s’est jamais rien reproché quant à l’échec des dialogues. Le problème ne peut provenir que de l’autre camp, seul vrai coupable.

En tout cas on peut clairement constater que jusqu’ici les acteurs politiques ont conclu des accords pour ne faire que du surplace. On s’obstine à jouer la montre en traînant les pas quand il s’agit de passer des engagements aux actes concrets. Et le cycle infernal se poursuit.

On peut bien se demander à quoi ça sert de voler de dialogue en dialogue.

Qu’à cela ne tienne, il faudra tirer les leçons de toutes ces expériences pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs. Si jamais la lumière d’un accord jaillit de ce nouveau dialogue, il sera de bon ton que les parties définissent un chronogramme bien précis pour l’exécution des décisions prises. Ce qui nous épargnera tout le flou artistique dont les acteurs politiques ont seuls le secret. Il leur faudra une certaine dose de bonne foi et d’ouverture d’esprit pour mener un dialogue qui ne ressemble pas à un simulacre.

Pour nous autres qui sommes de l’autre côté des caméras et des salles de discussion, il ne reste plus qu’à croiser les doigts dans l’espoir que ce dialogue soit différent du type de dialogue qu’on nous a déjà servi. Il ne nous reste plus qu’à prier pour que ce dialogue ne compte pas pour du beurre comme les autres, et marque un pas décisif vers la sortie définitive d’une crise dont le citoyen lambda a assez souffert.

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Ce qu’un père doit à son fils http://eli.mondoblog.org/quun-pere-a-fils/ http://eli.mondoblog.org/quun-pere-a-fils/#comments Tue, 23 Jan 2018 09:49:15 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=887 Dernier samedi de l’année. Les aiguilles de ma montre au poignet m’indiquaient 11 heures 20 minutes quand je me retrouvais au cimetière municipal. Cette veille de fête était un jour de deuil pour tous les visages serrés qui entouraient le cercueil abritant la dépouille d’un homme. Le père de Yao, ce vieil ami qui portait […]

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Crédit: pixabay.com

Dernier samedi de l’année. Les aiguilles de ma montre au poignet m’indiquaient 11 heures 20 minutes quand je me retrouvais au cimetière municipal. Cette veille de fête était un jour de deuil pour tous les visages serrés qui entouraient le cercueil abritant la dépouille d’un homme. Le père de Yao, ce vieil ami qui portait la douleur d’une perte. Le genre de perte dont on ne peut se remettre. L’homme disparu avait tant marqué les esprits de tout le quartier qu’il m’était difficile d’oublier ses folies le temps d’un enterrement.

Se tenant au milieu de l’assistance, un prêtre aspergeait d’eau bénite le cercueil qui était à ses pieds, tout près d’une fosse creusée pour la circonstance. Statique face au rituel, j’étais pensif. Pas à cause de la mort qui nous attend tous, mais des séquelles que les écarts d’un père pourraient laisser dans la vie de son fils.

Du haut de ses 25 ans, Yao avait déjà perdu son père bien avant qu’il ne quitte ce monde. L’absence de la chaleur paternelle, ça le connaissait depuis que son père a déserté la maison pour ne plus revenir. Tout avait pourtant bien commencé dans la vie de sa famille. Tout allait pour le mieux entre ses deux parents. Ils semblaient s’aimer et couvraient d’affection leur unique fils. Puis, au fil du temps, tout est parti en vrille. Yao devenait spectateur d’incessantes prises de bec. Malgré lui, il était témoin de disputes si bruyantes qu’elles alimentaient des commérages dans le quartier. Dans ma tête subsiste le souvenir de ces nuits où m’arrachait à mon sommeil l’écho de querelles provenant de la maison de Yao, à proximité. Des querelles parfois si vives qu’elles ameutaient certains voisins. Comme des pompiers, ils venaient essayer d’éteindre le feu de la discorde conjugale.

Une situation qui attirait des regards indiscrets. Très vite le père de Yao s’est fait une réputation dans le quartier. Certaines langues lui attribuaient une passion pour les virées nocturnes, un appétit pour les belles rondeurs. D’autres le gratifiaient du titre de « colleur de petites ». Entre les parents, les liens se sont dégradés et ensuite se sont envolés comme de la paille.

Yao sentait son cœur mutilé, déchiré par le feuilleton explosif qu’il subissait. Il reprochait à ses parents d’avoir laissé s’installer en lui un malaise permanent, une certaine torture. Et dire qu’il n’était pas au bout de ses peines. Il a dû recevoir le coup de grâce quand un beau jour, sans divorcer, son père, qui avait dit oui à la monogamie devant le maire, partait vivre le restant de ses jours dans les bras d’une autre femme. Dès lors, les confidences de Yao me donnaient l’impression qu’il avait perdu le minimum de soin et d’attention qu’un homme pourrait attendre de son géniteur. Il paraissait dans une disgrâce qui ne disait pas son nom.

Désormais absent, le père se contentait de lui faire parvenir des subsides pour survivre. Yao avait toutes les difficultés du monde à lui confier ses besoins. Les rares fois où il y parvenait, il les regrettait car il essuyait un refus sec. Il me faisait part de l’indifférence qu’opposait son père aux préoccupations exprimées au sujet de son parcours à l’université. Ayant connu la difficile transition vers le système LMD au campus de Lomé, Yao ne se retrouvait plus dans ses études d’économie. Malgré ses efforts, il venait de boucler quatre années sans valider sa licence. Cela devait lui prendre 3 années. Un cas loin d’être isolé dans sa fac. Il a d’ailleurs songé à la quitter. Sur le sujet, son père prêtait à peine oreille attentive, estimant d’ailleurs qu’il n’était qu’un paresseux.

Il n’y avait plus que sa mère pour partager son vécu quotidien. Elle, qui était contrainte de supporter le gros des charges familiales avec les revenus de son salon de coiffure. C’est aussi par elle que Yao découvrait l’inimaginable : la maladie de son père, le VIH Sida. Par ironie du sort, celui qui avait délaissé un cercle familial créé autour de son fils, a retrouvé ce dernier à son chevet. Yao avait rejoint un homme alité au corps dépéri et endolori. Sous le coup de la dépression, il négligeait son traitement et ne voulait pas d’une vie tributaire d’anti-rétroviraux. Les efforts de Yao pour le motiver à prendre ses médicaments n’y ont rien changé. Impuissant, il l’assista dans une lente agonie jusqu’au jour où se produit l’inévitable. Jusqu’au jour du dernier souffle rendu.

J’ai fixé mes yeux sur le visage larmoyant de Yao, incliné vers cette tombe, abritant désormais la dépouille de son géniteur. J’ai pensé au poids des blessures suscitées par son propre père. Ce poids qu’il était condamné à porter seul. J’aurais souhaité lire dans ses pensées pour saisir l’image qu’il gardait de son père après tout ceci. Était-il pour lui un père irresponsable ? Ou un homme incompris ?  Y répondre ne changerait pas grand-chose car, de toute façon, la vie de Yao poursuit son cours.

A la lumière de son histoire, je comprenais qu’on ne pouvait pas tout se permettre quand on se considère comme parent. Quiconque devient père ou mère n’a pas toujours le droit de faire ce que bon lui semble. On devient responsable de vies dont on est co-auteur : celles de ses enfants. Un parent n’est pas censé négliger l’impact que ses choix pourraient avoir sur la vie de son enfant, car celui qui donne la vie peut aussi bien la briser par ses propres errements.

Hommage à tous les Yao qui se construisent sans avoir eu la chance de compter sur un père ou une mère.

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George Weah et le piège de l’état de grâce http://eli.mondoblog.org/870/ http://eli.mondoblog.org/870/#respond Mon, 08 Jan 2018 17:16:07 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=870 Il y a quelques semaines, la majorité des libériens marquaient l’histoire de façon inédite. Par leur vote ils attribuaient pour la première fois le costume de Chef d’Etat à un ancien footballeur et non des moindres. Au moment d’enfiler ce costume le 22 janvier à la cérémonie d’investiture, l’heureux élu devra éviter de succomber à […]

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G. Weah pendant sa campagne
Credit photo: AFP/ISSOUF SANOGO

Il y a quelques semaines, la majorité des libériens marquaient l’histoire de façon inédite. Par leur vote ils attribuaient pour la première fois le costume de Chef d’Etat à un ancien footballeur et non des moindres. Au moment d’enfiler ce costume le 22 janvier à la cérémonie d’investiture, l’heureux élu devra éviter de succomber à l’effet flatteur de la gloire car il aura fort à faire.

« Mister George », comme les fans de George Weah aiment à le qualifier, n’aura pas volé le nouveau surnom de « President George ».    

Suite à sa large victoire au second tour de l’élection présidentielle au Libéria, la liesse a été au rendez-vous et un déluge d’hommages s’est emparé de la toile pour le premier Ballon d’Or à devenir chef d’Etat. Si un vent d’état de grâce semble souffler sur lui, George Weah devrait tout de même être conscient que le plus dur commence pour lui.  

Certes l’homme a marqué de son talent le football européen, dérouté les défenses adverses dans des matchs âprement disputés. Mais aujourd’hui le match le plus difficile qu’il s’apprête à livrer n’aura pas lieu sur une pelouse mais à la présidence du Libéria. Dans un pays ruiné par une atroce guerre civile et une corruption endémique, George Weah qui porte d’immenses espoirs sur les épaules devra éviter tout triomphalisme et se retrousser les manches.

Un OVNI de la politique?  

Malgré le large soutien des jeunes majoritaires au Liberia, George Weah ne fait pas pour autant l’unanimité sur sa capacité à diriger le pays. Il devra faire face à une frange hostile de l’opinion publique qui tout au long de la campagne électorale a sous-estimé son leadership politique. Il est couvert de railleries par ses détracteurs qui le traitent d’analphabète et jugent son programme politique ambigu.

On nous insultait. On nous traitait d’analphabètes. On nous accusait d’être stupides parce qu’on soutenait George Weah ,  

a lâché un des partisans du vainqueur suite à l’annonce des résultats.

Ce regard condescendant parait bien injuste au regard des sacrifices consentis par George Weah dans sa reconversion et son engagement politique.  N’ayant pas achevé ses études avant d’entamer sa carrière sportive, l’ancien attaquant s’est bâti tout seul dans l’environnement politique comme un self-made-man. Pour se préparer à la scène politique, il a du prendre le temps de se former sur les bancs de l’université aux Etats unis. Son parcours a fait de lui un acteur politique au profil atypique, loin des cadres de l’élite traditionnelle qui se sont très tôt illustré par de brillantes études dans des universités prestigieuses. Attendu au tournant par ses adversaires, George Weah devra relever le défi de faire déchanter ses détracteurs.

Réussir là où Ellen Johnson-Sirleaf a échoué

C’est bien le principal pari qu’il devra réussir. Au moment de la passation de pouvoirs Ellen Johnson-Sirleaf, l’actuelle présidente, laissera à son successeur un pays dont l’économie est minée par la corruption et qui subit les effets d’un douloureux passé marqué par la guerre et l’épidémie d’Ébola. Sensible aux propos de George Weah contre la corruption, la population attendra de lui qu’il en fasse son cheval de bataille. 

                             

Les jeunes acquis à sa cause attendront sûrement des actions concrètes contre le chômage. Il lui faudra savoir s’entourer des bonnes compétences et mobiliser des fonds importants pour relever ces grands défis.

La nouvelle gouvernance qui s’annonce sera-t-elle à la hauteur des attentes du peuple libérien ? Seul le bilan de « President George » nous en dira davantage.      

Good luck President George!

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Esclavage en Libye: la partie visible d’un iceberg http://eli.mondoblog.org/esclavage-libye-partie-visible-dun-iceberg/ http://eli.mondoblog.org/esclavage-libye-partie-visible-dun-iceberg/#comments Mon, 20 Nov 2017 11:24:14 +0000 http://eli.mondoblog.org/?p=857 Depuis bien des années je subis le fait de m’informer sur les infortunes des migrants africains dans leur périple vers l’eldorado européen comme une triste routine. La désolation qu’inspire le phénomène est à son comble depuis que circulent des images de migrants en Libye vendus aux enchères comme esclaves. Les révélations médiatiques sur la traite […]

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Credit: apr-news.fr

Depuis bien des années je subis le fait de m’informer sur les infortunes des migrants africains dans leur périple vers l’eldorado européen comme une triste routine. La désolation qu’inspire le phénomène est à son comble depuis que circulent des images de migrants en Libye vendus aux enchères comme esclaves.

Les révélations médiatiques sur la traite des migrants en Libye embrasent la toile sous une vague d’indignation. Beaucoup sont ahuris de constater que des êtres humains soient encore aujourd’hui réduits à l’esclavage. Pourtant l’esclavage décrié en Libye n’est qu’une partie d’un mal bien plus important et qui n’a rien de nouveau dans l’époque que nous vivons.

Le marché aux esclaves dans la poudrière libyenne dévoilé par la chaîne américaine CNN a fait sortir de leurs gongs tant de personnalités et d’internautes. Cascade de condamnations par certains dirigeants africains, coups de gueule contre des gouvernants jugés amorphes, appels à la mobilisation lancés par des célébrités. Tout ce déchaînement légitime est de nature à faire croire que c’est la Libye qui remet à la mode la traite d’êtres humains. Faux.

Toute l’attention se porte sur l’esclavage pratiqué en Libye parce que les médias l’ont mis en lumière. Ils ont rendu visible en Libye une pratique qui existe dans d’autres pays et dont les victimes souffrent dans l’anonymat loin des caméras du monde.

La situation en Libye est comme la face visible d’un iceberg que constituent le travail forcé, l’exploitation sexuelle, la traite humaine, bref toutes les formes d’esclavage moderne. L’Union Africaine elle-même qui dit s’insurger contre l’horrible sort des migrants en Libye semble ignorer l’étendue du mal. Elle a manqué l’occasion de s’attaquer au phénomène dans son ensemble.

Des conditions régulières d’immigration ne garantissent pas toujours au migrant à la recherche du mieux-être une condition plus sereine. Elles ne le mettent pas à l’abri de la menace de l’esclavage.

Soucieuses d’améliorer leur condition de vie plusieurs femmes d’Afrique subsaharienne s’étant envolé vers le Liban pour y travailler comme domestiques ont connu la désillusion. Elles se sont retrouvé dans des conditions de travail inhumaines, subissant des maltraitances qui leur ôtent toute dignité et brisent leur rêve d’une vie meilleure. Parmi elles des togolaises revenues au bercail ont brisé le silence sur leur histoire troublante. Malheureusement les témoignages rapportés par la presse locale n’ont pas suffi à faire réagir les autorités compétentes pour des dispositions nécessaires à la protection des ressortissantes subissant le même sort.

Ces souffrances sont aussi celles d’une centaine de femmes mauritaniennes emmenées en 2015 en Arabie saoudite pour des travaux domestiques et qui ont été l’objet de sévices.

J’ai été d’ailleurs surpris de découvrir à la lumière de certaines statistiques que l’Afrique est le continent qui connait le taux le plus élevé d’esclavage moderne au monde, soit un taux de 7%. Inutile de se voiler la face. Ce continent est loin d’en avoir fini avec cette pratique abolie depuis des siècles. Malgré les informations disponibles le sujet n’a jamais été à l’ordre du jour des réunions au sein des instances régionales ou pris en compte dans les actions des instances régionales.

Nous en sommes d’ailleurs à une époque où le travail forcé n’épargne pas les enfants. Dans certaines campagnes au Togo opèrent des réseaux de traite des enfants. En échange de quelques billets de banque certains parents résignés par la pauvreté laissent leurs enfants aux mains de trafiquants qui les conduisent vers les pays voisins où ils sont exploités. Que dire de ces gamins en RDC affairés dans des mines sous un soleil de plomb à extraire du cobalt pour nos smartphones ? Qu’en est-il de tous ces enfants travaillant contre leur gré en Afrique qui se comptent par milliers selon l’Unicef ?

Au-delà du caractère criminel du traitement infligé aux migrants en Libye, il faut croire que c’est avant tout la pauvreté qui rend vulnérables toutes les personnes qui comme les migrants sont victimes d’esclavage moderne en Afrique ou ailleurs. Des actions concrètes contre la traite des personnes s’imposent mais il est encore plus important de s’attaquer aux maux qui la favorisent : la pauvreté et le chômage. Il n’y a rien de plus humiliant pour un être humain que d’avoir du mal à se tailler une place dans sa société et de perdre sa dignité sous d’autres cieux.

Ceux qui quittent leur pays dans l’espoir de construire une vie meilleure pensent le faire par nécessité face à une précarité qui étouffe et enlève tout espoir. Ils ont certes leur rôle à jouer pour trouver le moyen de s’épanouir mais ceux qui les gouvernent sont aussi responsables de leur bien-être social. Chacun a le droit d’avoir une envie d’ailleurs et de chercher son gagne-pain à l’étranger mais on n’est souvent mieux que chez soi. Le meilleur moyen de protéger les personnes contre l’esclavage en Afrique est de combattre le chômage.

Un citoyen capable de subvenir à ses besoins ne saurait trouver un intérêt à traverser le désert au risque de tomber dans les mains de marchands d’esclaves. Plus les jeunes sortiront de la pauvreté, moins vulnérables seraient-ils à ces exploitations et moins de flux migratoires liés aux besoins économiques compterait-on.

 

 

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