Le dialogue togolais pour les nuls

Le Togo, qui subit une vive crise politique depuis le 19 août 2017, voit  s’ouvrir aujourd’hui un nouveau dialogue entre ses acteurs politiques. Il n’y a pas plus familier que le mot dialogue dans l’histoire de ce pays, en passe d’enregistrer près d’une vingtaine de pourparlers politiques depuis 1991. Quelqu’un connait-il un pays qui ait fait mieux sur le continent ? Ceux qui peuvent se targuer d’égaler cette triste prouesse se comptent surement sur le bout des doigts. En tout cas, ce palmarès, dont je vous fais cadeau de la longue liste, mériterait une place dans le Guinness des records.

Ces nombreux dialogues dont déborde l’histoire politique ont eu lieu à des époques  différentes, mais tous sont liés par les mêmes enjeux. Ils cherchent à établir des règles plus consensuelles du jeu démocratique et des conditions propices à une alternance démocratique et pacifique. Aujourd’hui, c’est la question des réformes politiques (prévues à l’issue d’un ancien dialogue) qui est au cœur des tiraillements.

Après 26 ans de conciliabules sans résultat, le « dialogue » semble être devenu un vrai hobby politique. On pourrait même trouver matière à écrire le livre « le dialogue togolais pour les nuls ». Voici justement un petit aperçu de ce qui fait la marque de fabrique d’un dialogue à la togolaise.

L’art de choisir son vocabulaire selon le coté où l’on se trouve

Selon qu’elle veut conquérir le pouvoir ou le conserver, chaque partie esquive soigneusement  les mots de son interlocuteur au cours des discussions. Il faut à tout prix éviter de donner raison à la partie adverse de peur de perdre ses intérêts ou de se retrouver dans une position inconfortable. Aux raisonnements issus d’un camp s’oppose donc toujours un argumentaire différent, conçu pour correspondre à ce que veut l’autre camp. On se cache même, au besoin, derrière la nécessité du consensus, on use de subterfuges pour ne pas trop lâcher du lest.

Ainsi au sujet des réformes politiques et institutionnelles, quand les uns parleront de retour à la Constitution de 1992 et de ses conséquences immédiates, les autres parleront plutôt de révision de la Constitution, de référendum et de non rétroactivité de la loi.

Autant dire que dans un dialogue togolais, tout le monde a raison.

Faire semblant d’ignorer les solutions déjà trouvées

Ce qu’il y a d’extraordinaire chez ces acteurs politiques, c’est qu’ils continuent d’enchaîner les dialogues malgré un nombre important d’accords déjà passés. Quelles que soient les décisions déjà prises, ils finissent par se retrouver à nouveau autour d’une table de discussions pour chercher des solutions qui ne diffèrent pas vraiment des précédentes. Tout ceci revient à vouloir enfoncer une porte ouverte.

Un éternel recommencement qui est sans doute dû à la difficile application des conclusions issues de chaque dialogue. Les leaders politiques ne seraient pas là aujourd’hui à discutailler autour des réformes s’ils avaient su mettre en œuvre les conclusions de l’accord politique global et les recommandations de la Commission Vérité Justice et Réconciliation. Toutes ces mesures auraient suffi à tracer une voie pour une sortie de crise. Mais apparemment on préfère réinventer la roue.

Faire porter à l’autre le chapeau du fiasco

Chaque fois que les parties parviennent à un accord, les espoirs suscités sont aussitôt déçus. L’embellie née des accords fait place au fiasco puisque les changements escomptés peinent à s’opérer. La faute à qui ? Au pouvoir en place, ou plutôt à l’opposition. Là encore, tout dépend de quel côté vous vous trouvez. Bizarrement aucune des parties n’a jamais été de mauvaise foi et ne s’est jamais rien reproché quant à l’échec des dialogues. Le problème ne peut provenir que de l’autre camp, seul vrai coupable.

En tout cas on peut clairement constater que jusqu’ici les acteurs politiques ont conclu des accords pour ne faire que du surplace. On s’obstine à jouer la montre en traînant les pas quand il s’agit de passer des engagements aux actes concrets. Et le cycle infernal se poursuit.

On peut bien se demander à quoi ça sert de voler de dialogue en dialogue.

Qu’à cela ne tienne, il faudra tirer les leçons de toutes ces expériences pour ne pas tomber dans les mêmes erreurs. Si jamais la lumière d’un accord jaillit de ce nouveau dialogue, il sera de bon ton que les parties définissent un chronogramme bien précis pour l’exécution des décisions prises. Ce qui nous épargnera tout le flou artistique dont les acteurs politiques ont seuls le secret. Il leur faudra une certaine dose de bonne foi et d’ouverture d’esprit pour mener un dialogue qui ne ressemble pas à un simulacre.

Pour nous autres qui sommes de l’autre côté des caméras et des salles de discussion, il ne reste plus qu’à croiser les doigts dans l’espoir que ce dialogue soit différent du type de dialogue qu’on nous a déjà servi. Il ne nous reste plus qu’à prier pour que ce dialogue ne compte pas pour du beurre comme les autres, et marque un pas décisif vers la sortie définitive d’une crise dont le citoyen lambda a assez souffert.

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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