Journée de la femme africaine: mon legs à la jeune fille togolaise

Ce billet est écrit dans le cadre de la campagne digitale de la Journée de la Femme Africaine célébrée tous les  31 juillet. Cette campagne digitale Initiée par Grâce Bailhache, a cette année pour thème « la transmission » qui est au cœur de cet article.  Je me propose alors de vous faire découvrir ici ce que je souhaite transmettre à la jeune fille togolaise. 

De mes parents j’ai toujours eu droit au même traitement que mes sœurs. Alors que nous étions petits, il n’était pas rare que nous partagions les mêmes taches à la maison. Quand il fallait donner un coup de main à papa en plein bricolage, ou faire la lessive sous la supervision de maman, j’avais intérêt à ne pas jouer au récalcitrant. La moindre bouderie m’exposait à une bonne fessée ou à l’interdiction de rejoindre les amis pour une partie de foot. Mon père avait l’habitude de marteler à ses enfants qu’ils étaient égaux, qu’il n’y avait pour un garçon aucune honte à faire la cuisine autant qu’une fille voire mieux qu’elle. Une éducation qui m’a aidé à comprendre plus tard que la place de l’homme dans une société est aussi celle de la femme.

Pourtant elle n’a pas suffi à me faire comprendre le vécu d’une femme dans une société comme la mienne.

Dans le cocon familial où j’ai grandi, dans la bulle urbaine de Lomé où les discours nous sont servis à volonté sur l’égalité des droits et l’émancipation de la femme, je me suis permis un regard biaisé sur le genre au Togo. L’éducation des milieux urbains à coup de campagnes de sensibilisation a occulté dans mon imaginaire les réalités des jeunes filles de certaines localités. J’étais incapable de saisir l’ampleur de ce que pouvait vivre une fille là où ses droits sont ignorés, là où les parents ne connaissent pas d’autres règles que des coutumes aussi nuisibles soient-elles.

J’ai fini par ouvrir les yeux sur ces dures réalités, à la faveur d’un travail humanitaire dans un village. J’ai fini par découvrir qu’il existe encore, malgré toute l’évolution juridique, des lieux où les jeunes filles n’ont absolument droit à rien. Elles ne peuvent aspirer comme les jeunes garçons à mener jusqu’au bout leurs études.

Pour une fille le cours primaire ou le collège, c’est largement suffisant

C’est ce que pensent certains parents qui promettent la main de leur enfant à un homme qui pourrait avoir l’âge de son père ou de son grand-père. Ces filles n’ont pas le temps de rêver du métier de leur choix parce que leurs parents frappés par la misère, préfèrent les livrer comme une main d’œuvre à des inconnus qui se feront le plaisir de les exploiter et d’abuser d’elles pour de vils intérêts. Et quand elles sont violées, elles n’ont pas droit à la justice parce que leurs proches les réduisent au silence au nom de l’honneur de la famille.

Un petit détour à Sokodé  ou au village d’Avoutokpa vous fera découvrir des filles qui ont connu une histoire douloureuse et qui ont la chance de se retrouver dans un centre d’accueil où elles apprennent à préparer un nouveau départ.

Aujourd’hui j’aimerais solliciter un regard avisé de la jeune fille sur le contraste de la condition féminine. Un contraste dont la fin dépend en partie d’elle car elle a sa partition à jouer pour l’évolution des mentalités dans toute la société togolaise. J’aimerais lui transmettre le gout du travail acharné pour se tailler une place dans sa communauté. J’aimerais lui léguer mon dégoût de la facilité et des raccourcis, ces options à court terme qui n’aboutissent qu’à de faibles résultats.

Dans ces milieux qui lui sont hostiles, ces localités où la jeune fille ne se voit pas reconnaître les mêmes chances et les mêmes droits qu’ailleurs, l’éducation demeure une des principales clés pour faire sauter les verrous culturels qui entravent sa liberté. Il lui faut croire aux vertus de l’éducation. Face aux restrictions qu’elle subit, elle a besoin d’une bonne dose de courage pour continuer à s’instruire, à se construire à l’école. Fortes de toutes ses connaissances elle pourrait éclairer sa communauté sur le respect que cette dernière doit à ses droits. Elle pourrait faire déchanter tous ceux qui pensent à tort que l’égalité de chances est un leurre.

Dans un monde en plein mouvement où de plus en plus de femmes vivent librement de leur passion et s’épanouissent par leur talent, la jeune fille ne manque pas de modèles qui puissent servir de repères pour le parcours d’une vie. Elle pourra y puiser la force nécessaire pour relever ses défis. Bien des années avant nous, l’illustre historien Joseph Ki-Zerbo  disait son admiration pour le leadership féminin en ces termes :

« Les femmes sont souvent des leaders exceptionnels qui dépassent de loin les hommes. Elles sont en général plus fidèles dans leur engagement »

Bien entendu, il ne s’agit pas là d’une parole d’évangile.  A chacun alors de se faire une opinion.

Au Togo comme ailleurs en Afrique, toute la masse de jeunes est vue par beaucoup comme un potentiel pour l’avenir. Mais  peut-on en dire autant des jeunes filles si ces dernières sont encore confrontées à de multiples violations ?

A toutes celles qui sont brimées, qui subissent tant de préjudices, je voudrais transmettre juste un peu d’audace pour braver cette peur dans laquelle elles sont embrigadées. J’aurais aimé les voir s’attacher à leurs passions, à leurs rêves quel qu’en soit le prix car leur avenir en dépend. Cet avenir est aussi celui de toute une société. Laisser des filles à elles-mêmes c’est compromettre l’avenir d’une société où elles sont appelées à devenir la prochaine génération de femmes.

Nul n’a le droit de voler à une fille son avenir. Sa vie lui appartient et nul n’a le droit de la briser.

 

 

 

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!

3 réflexions au sujet de « Journée de la femme africaine: mon legs à la jeune fille togolaise »

  1. Merci Eli,

    Tes parents ont fait du bel ouvrage en instaurant une égalité autrement que par le discours, comme c’est souvent le cas.

    Voici un legs émouvant autant que réaliste.

    C’est logique quand j’y songe maintenant, que tu sois celui qui m’a ouvert les yeux sur l’existence d’une Josianne Kouagheu ou d’une Chantal Faida. Tu n’es pas que dans le discours, tu as tâté du terrain aussi.

    Je te sais gré de ta capacité à embrasser la notion de « collectif », en bon joueur de foot, tu appliques une fois encore les méthodes du terrain, faire des passes, accompagner l’action, ne pas chercher à tout prix à marquer un but, si un autre membre de l’équipe est mieux placée pour transformer l’essai.

    Nous sommes résolument ensemble dans le jeu tant dans la stratégie que dans son application, et j’avais grand besoin de le constater ne fusse qu’une fois aujourd’hui. C’est fait !

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