Foire ou foutoir universitaire de Lomé ?

entrée de l'université de Lomé credit:pa-lunion.com
Entrée de l’université de Lomé
credit:pa-lunion.com

Cela fait déjà quatre bonnes années que j’ai quitté la fac de droit de l’université de Lomé, excédé par les incongruités du système LMD à la togolaise. Pourtant le désamour ne m’a jamais privé de quelques virées sur le campus universitaire de Lomé qui fut le théâtre de mes diverses fortunes estudiantines. Mes dernières descentes je les ai faites à un moment particulier de l’année universitaire. J’y étais en pleine foire universitaire, évènement annuel qui vient de refermer ses portes après avoir animé le campus durant toute une semaine. En temps normal le campus broussailleux et faiblement électrifié serait vite déserté par les étudiants avant la tombée de la nuit. Mais c’était la foire et ça change tout. Le campus devient subitement la grande attraction des noctambules. Tout le monde à commencer même par les élèves est le bienvenu. L’évènement prend toujours des allures de grande récréation dans ce temple du savoir et cette année encore j’en ai vu et entendu des choses que je m’en voudrais de garder pour moi.

La foire au campus c’est d’abord une affluence qui s’accentue d’année en année. Avec le déferlement des visiteurs les dernières soirées étaient particulièrement intenses et le site bondé au point qu’il m’était difficile de trouver un lieu où ranger ma bécane. Il y régnait comme une ambiance de discothèque alimentée par ces sonorités à l’air du temps qu’on distillait à volonté. La bonne bière fraîche a coulé à flot et les férus de la chose y ont trouvé leur compte. Il m’était d’ailleurs difficile d’apercevoir sans gêne les bimbos légèrement vêtues déambulant avec leurs rondeurs qui ébranlent les sens déjà affaiblis par les litres de bière ingurgités.

Destinés pour la plupart à la vente de grillades et boissons les stands étaient dressés à proximité de la cité universitaire. Pour tout esprit avisé cet emplacement habituel est stratégique puisqu’il sert les intérêts d’une jeune masse de vicieux qui à cette occasion se permettent tous les dérapages.

A vrai dire ce qui est censé être un cadre d’exposition et de commerce cache une autre réalité, une sinistre réalité bien connue des étudiants. Les non-dits de cette foire j’en ai pris connaissance depuis ma toute première année au campus et j’ai fini par m’en accommoder. C’est le moment que choisit une jeunesse insouciante en quête de loisirs libidineux pour jeter son dévolu sur le campus de Lomé. Certains visiteurs en ont fait le rendez-vous privilégié des coups d’un soir. C’est à se demander si le terme « foire » sied vraiment à ce genre d’évènement.

Vous avez dit foire ?

L’évènement avait tout l’air d’un bazar à ciel ouvert où certains stands n’avaient pas leur place. Pendant que les gens n’avaient d’yeux que pour l’alcool et les filles sexy qui déambulaient, les stands d’exposition de livres étaient quant à eux royalement esquivés. Il s’y trouvait aussi un stand consacré à la distribution de préservatifs histoire de limiter les dégâts de la foire dans sa partie invisible.

Et bien voyez-vous! La partie invisible de la foire se déroule dans la nuit noire à l’abri des lumières et de la foule. L’obscurité qui domine sur une bonne partie du campus n’est pas pour déplaire aux acteurs de l’autre foire qui en profitent à fond. Il m’a suffi de m’éloigner du site éclairé de la foire pour apercevoir par endroits dans la pénombre des silhouettes, des corps qui s’entrelacent et se bécotent en plein air. Les plus discrets se retrouvent dans la cité universitaire où les chambres sont mises à contribution pour abriter des plans cul pendant cette période. Les étudiants pouvant témoigner de la réalité du phénomène ne manquent pas. Des anecdotes me sont parvenues à propos de cette foire dont une qui m’est sortie par les oreilles et qui porte sur des ébats à l’intérieur de véhicules dans l’enceinte du campus.

Bref, parlons plutôt de foutoir

J’ai par dessus tout déploré le niveau d’insensibilité à l’insalubrité du campus. Deux toilettes mobiles installées n’ont pas empêché que d’autres urinent allègrement en plein air créant ainsi une odeur désagréable. Après la fête place au ménage avec des immondices qu’il faudra dégager. Maintenant qu’on a fini de bien s’éclater il est temps de tirer des leçons.

Face aux dérives observées il urge pour l’administration amorphe du campus de prendre de bonnes mesures pour une fois. Il y aura certes toujours des à coté pendant la foire mais son organisation doit être mieux encadrée. A l’heure actuelle les conditions d’accès sont inexistantes et même un mineur peut débarquer à tout moment à cette foire qui n’en est pas une. La jeunesse qui semble laissée à elle-même a besoin d’être tirée vers le haut, orientée vers ce qui peut la grandir. Plutôt que de végéter dans des loisirs futiles elle a plus intérêt à bénéficier de meilleures conditions d’étude et de la réhabilitation d’un campus précaire et vétuste.

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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12 réflexions au sujet de « Foire ou foutoir universitaire de Lomé ? »

  1. Si, au-delà du programme officiel, les gens se livrent au plan Q, n’est-ce pas leur problème? C’est devant qui est la marche, dit-on en vernaculaire. J’ose croire que ceux qui savent ce qu’ils cherchent n’ont pas déraillé.

  2. C’est assez inquiétant ce phénomène. Je ne sais pas pourquoi les autorités universitaires laissent tout ce charivari se dérouler chaque année. Beau billet… !

  3. C’est vraiment à la fois hilarant et pathétique. D’accord avec le fait que les autorités prennent des mesures face à ce problème.

    Mais le plus important c’est qu’on arrive à une réelle prise de conscience pour un changement positif.

    Beau diagnostic dans ce billet, bien à toi !

  4. Beau post écrit comme une nouvelle, je l’ai lu d’un trait. D’autant que ce que vous dénoncez dans ce texte je l’ai vécu il y a une semaine à l’université de Yaoundé 1 en marge des jeux universitaires. A croire que par-delà les frontières, les jeunes africains se sont donnés le mot pour le boucan aux loisirs sains.

    1. C’est bien dommage que le phénomène soit répandu et vécu ailleurs comme à Yaoundé. Avec cette jeunesse africaine la relève est sérieusement mise en question. Merci pour ton témoignage.

  5. Eh oui, c’est ça notre foire. Le plus tragique c’est que nous (ou nous) semblons nous en accommoder tous, de ce rendez-vous du « donner et du recevoir » assez pauvre dans l’ensemble (tu te rappelleras de mon résumé: « saucisse, saucisse*, string » 😀 )
    Quant à penser à un mieux, j’ai l’impression que c’est un vœu pieux pour le moment, il parait que c’est « le changement dans la continuité… » ça veut probablement tout dire. Notre fOUToir a de beaux jours devant lui.

    PS:
    « Pour tout esprit avisé cet emplacement habituel est stratégique puisqu’il sert les intérêts d’une jeune masse de vicieux qui à cette occasion se permettent tous les dérapages. » c’est une euphémisme ou je ne m’y connais pas! Krkrkrkr

    1. Ah oui renaud! De l’euphémisme pour ne pas rajouter à la gravité de la chose. Comme tu le dis le recadrage n’est pas pour demain la veille. Rendez vous l’année prochaine pour plus de plans Q (c’est encore de l’euphémisme là? Lol). Merci. Bien a toi

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