Soudan du Sud : bring back our children

Enfant soldat  Credit photo: unmultimedia.org
Enfant soldat
Crédit photo: unmultimedia.org

L’information m’a glacé. Attentif au journal télévisé sur une chaîne de la place, j’apprenais le 21 février l’enlèvement de 89 adolescents de 13 à 18 ans dans la ville de Wau
Shilluk au Soudan du Sud. Il s’agit d’un mode opératoire qui peut faire penser au sempiternel Boko Haram, mais qui n’a rien à voir avec la secte. Cet acte odieux qui a été perpétré au nord du Soudan du Sud par un groupe armé non identifié ne serait malheureusement pas isolé. Le pays en proie à la guerre civile depuis un an connaît des recrutements massifs et forcés d’enfants soldats par les belligérants. Des enfants enlevés des écoles, engagés de force dans un conflit armé et qui vadrouillent avec des armes en bandoulière : une image qui a collé à bien des conflits dans le passé et que je croyais-naïvement-révolue. Ce phénomène des enfants soldats est complètement insensé surtout en ce 21e siècle où les droits humains connaissent une prégnance universelle.

En ce moment où les esprits sont fixés sur les manœuvres de groupes djihadistes (Boko Haram en premier) qui sévissent en Afrique, il ne faut pas perdre de vue les dérives contre la jeunesse dans le conflit sud-soudanais.

Une jeunesse sud-soudanaise prise en étau

Le Soudan du Sud qui se présente comme le plus jeune des Etats indépendants n’a pas eu le temps de se construire avant de voir ses fils s’entretuer dans une guerre civile qui dure depuis décembre 2013. Il faut dire que ce pays né en 2011 à la suite d’un référendum d’autodétermination dispose d’importantes réserves de pétrole qui ne peuvent qu’aiguiser des appétits tant à l’interne qu’à l’externe. Voilà encore un pays africain où l’or noir attire le malheur. Une réalité qui confirme la règle sur le continent : «Là où il y a richesse, il y a guerre »

Le conflit qui oppose le président Salva Kiir à son ancien vice-président Riek Machar est en train de saccager la vie des plus jeunes à cause des pratiques liberticides des deux camps. Les combattants en plus de commettre des viols qui sont une arme de guerre, se permettent d’arracher des enfants à leurs familles pour en faire des renforts pour les troupes. L’Unicef a révélé que depuis le début de la guerre près de 12000 enfants soldats sont utilisés aussi bien par les rebelles que par l’armée elle-même. Il ne fait aucun doute que les 89 kidnappés iront grossir les rangs des enfants déjà recrutés. Pourquoi recruter des enfants au juste et non des adultes ? C’est à croire qu’il ne reste plus que des enfants dans le pays.

Il se trouve qu’au moment de leur enlèvement ces gosses étaient en train de réviser leurs leçons avec leurs enseignants. Les conditions du rapt en disent long sur le niveau d’inconscience des belligérants. Pourtant il s’agit d’une pratique lourde de conséquences pour la jeunesse de ce pays. Les enfants soldats risquent de voir leur vie basculer du mauvais côté. Désormais empêchés de poursuivre des études pour se construire un avenir et contraints d’exécuter les ordres de leurs ravisseurs ils sont exposés à de nombreux vices. Un tel sort est bien injuste pour des enfants dont la place est sur les bancs de l’école ou auprès de leur famille plutôt que sur un champ de bataille.

Ces pratiques abjectes se commettent sous les yeux complices des deux hommes qui se disputent le contrôle du pays.

La responsabilité historique de deux hommes

Salva Kiir et Riek Machar (gauche vers la droite) Credit:live.tusanradio.com
Salva Kiir et Riek Machar (gauche vers la droite)
Crédit:live.tusanradio.com

Salva Kiir et Riek Machar sont responsables devant l’histoire de cette tragédie, car s’il n’est pas établi qu’ils y consentent il est quand même clair que l’enrôlement d’enfants soldats leur profite. C’est d’ailleurs à cause de leur obsession pour le pouvoir et pour le pétrole que le pays est aujourd’hui dévasté par la guerre.

Ils ne sont pas censés ignorer qu’ils sont dans l’illégalité, car l’enrôlement d’enfants soldats est une violation flagrante du droit international. Les règles du droit humanitaire qui s’appliquent en temps de conflit imposent aux belligérants de protéger les populations civiles et par extension les enfants. En entretenant cette violation du fait de leur passivité, les deux rivaux engagent leur responsabilité pénale et pourraient être passibles de poursuite devant la CPI (Cour pénale Internationale).

Ils ne doivent pas oublier que des anciens chefs de guerre comme Jean Pierre Bemba ont déjà été rattrapés par leur passé après avoir été mis au banc des accusés de la CPI pour y répondre des exactions commises par leurs hommes. A l’allure où vont les choses ils ne sont pas loin de se retrouver dans le viseur de la CPI à moins de jouir de la protection de certaines puissances convoitant le pétrole sud-soudanais.

Par ailleurs Human Rights Watch dans un rapport avait accusé les deux camps de « recruter activement » des enfants soldats alors même qu’ils avaient maintes fois promis de cesser cette pratique interdite par les lois en vigueur dans le pays. Ces leaders ont alors intérêt à respecter la parole donnée et prouver leur bonne foi en désarmant les mineurs qui sont dans leurs rangs. Il leur revient aussi de prendre la mesure du mal que cause cette guerre et d’y mettre fin au plus vite. Ils doivent ouvrer au retour de la paix, car l’avenir de la jeunesse sera compromis aussi longtemps que durera la guerre.

L’Afrique a déjà assez de conflits à dénouer pour que ces deux rivaux n’en rajoutent pas. Cela valait-il d’ailleurs la peine de reconnaître un 54e Etat en dépit du principe d’intangibilité des frontières africaines si c’est pour en arriver là ? Et dire que c’est au nom de la paix avec le Soudan que l’Etat du Sud-Soudan a vu le jour.

De toute évidence Riek Machar et son rival ont un double défi à relever : préserver l’avenir de la jeunesse sud-soudanaise et prouver que la naissance du Sud-Soudan ne fut pas une erreur de casting.

 

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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4 réflexions au sujet de « Soudan du Sud : bring back our children »

  1. Excellent billet sur un sujet très important bien que quelque marginalisé selon moi dans notre conscience collective.
    C’est drôle, j’ai toujours trouvé que Salva kiir assez effrayant, mais son « homologue » n’est pas mieux loti.
    Pour moi, c’est clair, le Soudan du Sud était une erreur de casting. Même pas, une manipulation sordide de puissances extérieures dans le but de mieux contrôler les ressources. « Diviser pour mieux régner », « Isoler pour mieux dominer », on a encore rien inventé de mieux dans l’art de la domination.

    1. Ha ha il t’effraie hein. Tu me fais pouffer de rire frère. En tout cas on s’est acheté un conflit de plus avec ce pseudo-Etat. Le conflit avec le Soudan a servi de prétexte à la communauté internationale pour avaliser la création du 54ème état. On se retrouve à en payer tout seuls le prix fort pendant que les puissances pensent à profiter de l’or noir. Je pense que la reconnaissance du sud soudan malgré l’intangibilité des frontières représente un recul pour le projet des Etats unis d’Afrique.
      Merci du passage. Au plaisir.

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