La fermeture des écoles pour pénaliser une classe sociale de togolais?

Cette semaine le bras de fer opposant le gouvernement togolais aux fonctionnaires en grève de la santé et de l’éducation a pris une tournure plus inquiétante que jamais. Et pour cause le gouvernement a annoncé dans un communiqué du 17 février la fermeture temporaire de tout établissement scolaire jusqu’à nouvel ordre. Telle est la réplique que le gouvernement a choisi d’opposer au ras-le-bol exprimé par les élèves dans les rues de Lomé et autres villes du pays. Il est surtout intéressant de noter que cette décision qui sonne comme du déjà vu ne s’applique qu’aux écoles qui suivent le programme d’enseignement togolais, ces écoles que fréquentent d’ailleurs rarement les enfants de nos ministres.

Une décision qui ne concerne pas tout le monde

Il y a parfois de ces choix au gouvernement qui me laissent hagard et confus, des choix qui me font oublier ce que peut être la responsabilité d’un ministre: servir l’intérêt commun ou se servir soi-même, assouvir uniquement les intérêts de sa famille au mépris des concitoyens. En tout cas c’est à cet amalgame que me conduit cette décision.

Pendant que la majorité des élèves se trouvent cloîtrés chez eux errant dans l’oisiveté, certaines écoles du genre lycée français ou british school de Lomé ne désemplissent pas et poursuivent bonnement les cours. Il s’agit des écoles étrangères, ces écoles huppées qu’on ne peut rêver de fréquenter en ayant la poche fragile, où un salaire de fonctionnaire togolais ne peut financer les études. Il est bien normal que ces écoles ne soient pas concernées par la décision du gouvernement car étant soumises au programme scolaire d’autres pays (France, Grande Bretagne, Etats unis).

Mais à voir les choses de près, on se rend compte que la fermeture des écoles ne pénalise que les togolais d’une certaine classe sociale, cette classe majoritaire composée de citoyens miséreux qui tirent le diable par la queue. Quant aux ministres ils s’en sortent indemnes quand on sait que la plupart inscrivent leurs enfants à l’école française s’ils ne fréquentent pas des écoles privées.

Credit: news.icilome.net
Credit: news.icilome.net

Cette manière de gérer la crise née de la grève démontre-t-elle vraiment un quelconque intérêt pour l’avenir de cette jeunesse togolaise qui a droit d’être éduquée dans des conditions sereines? Que veut-on faire de cette jeunesse quand on a le réflexe de jouer la montre plutôt que de répondre promptement aux légitimes revendications des enseignants ?

Après 2013, bis repetita

A vrai dire procéder à la fermeture des établissements scolaires en période de grève n’a rien de nouveau dans ce pays. Il ne s’agit là que du remake de l’année scolaire 2013-2014 lorsque le secteur de l’éducation fut agité par les mêmes revendications syndicales. Comme aujourd’hui la grève avait fait sortir de leur gong les élèves qui criaient dans la rue leur agacement face à l’absence des enseignants. J’ai encore en mémoire les évènements dramatiques survenus dans la foulée à Dapaong. Cette année-là deux jeunes élèves lors d’une manifestation à Dapaong avaient trouvé la mort suite à des bavures policières toujours impunies. Le souvenir affligeant de ce drame est encore présent dans les esprits et il faut croiser les doigts pour que cette situation critique ne fasse pas plus de dégâts collatéraux. Tout compte fait, cette mesure est une fuite en avant qui n’efface pas le problème des réclamations des agents publics.

D’ailleurs ces derniers se montrent intrépides et déterminés à ne pas relâcher la pression. Même les malencontreuses remontrances du premier ministre/ministre de la santé n’ont pas pu intimider les grévistes. Le porte parole de la STT (Synergie des Travailleurs du Togo) le syndicat en avant garde de la grève avait clairement le gouvernement en ces termes:

« Nous irons jusqu’au bout de nos revendications ». (source)

La grève qui sévit est d’une telle ampleur que la situation des élèves risque de perdurer tant que les autorités feront la sourde oreille. Nul n’a intérêt à ce que les choses restent en l’état car c’est bien toute la population qui pourrait en pâtir. Faites donc en sorte,messieurs de l’exécutif, que les revendications soient enfin traitées avec tout le sérieux qu’il faut et que l’année scolaire soit préservée. Il y va de la paix et du bien être de tous.

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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6 réflexions au sujet de « La fermeture des écoles pour pénaliser une classe sociale de togolais? »

  1. effectivement la fermeture des ecoles n’est pas la solution. et ceux st nos petits frères et soeurs qui en souffrent en fin de compte. ce pays a souvent eu tendance a repousser les problemes au lieu de les regler une fois pr toute. c’est même devenu une coutume a force. pourtant leurs enfants a eux fréquentent les plus prestigieuses ecoles, le plus souvent a l’exterieur. les gouvernants n’en font qu’a leurs tête. c’est vraiment regrettable ce qui se passe dans ce pays. on se dit que ca va changer, mais je me demande bien quand?? quand y aura t-il ce changement?? humm.

    1. On sait tous que la fermeture ne sert absolument à rien dans cette histoire. Ceux qui gouvernent feignent de l’ignorer. Ils préfèrent sacrifier le mieux etre des travailleurs sur l’autel d’intérets égoïstes et c’est dommage. A quand le changement? humm that’s the question. Merci farida. Bisous

  2. Oui, en effet, ces fermetures pénalisent plus les enfants dont les parents ont une bourse en dessous ou dans la moyenne pour leur scolarités.

    Tout semble indiquer combien notre gouvernement n’est pas soucieux de l’intérêt général.

    Pour le reste, que les miracles soient.

    Au plaisir !

  3. Effectivement, à la lecture politique stricte, on peut aisément accoler une lecture de classe: Riches (la minorité voleuse comme dirait l’autre) contre Pauvres. C’est profondément immoral!
    Les choses ne risquent pas de s’arranger de si tôt dans les écoles. Il y a une immoralité profonde à ce que ces gens qui gouvernent s’en contrefoutent totalement, vu que de toutes les façons leur progéniture n’est pas concernée
    Ces gens-là sont complètement déconnectés de la réalité, le pire c’est que au train où vont les choses, se sont leurs enfants, tout aussi déconnectés de la réalité, qui prendront les rennes de ce pays sous peu, au nom des diplômes qu’ils auront été obtenir à l’extérieur. C’est comme Gillette: Double lame qui va faucher proprement le peuple.

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