Je suis un mauvais citoyen, je le confesse

credit: catholichotdish.com
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Civisme et citoyenneté semblent être devenus des questions sans intérêt pour beaucoup au Togo. Nos agissements laissent penser que pour nous, être un citoyen se limite au fait de détenir une nationalité. Le désintérêt général pour les valeurs civiques est tel que le gouvernement a jugé bon de consacrer tout le mois d’octobre à la thématique. Comme pour siffler la fin de la récréation ce mois est donc désigné «mois du civisme et de la citoyenneté». Bonne initiative, dirait on. Quoique ce problème d’incivisme qu’on prétend combattre gangrène les institutions elles mêmes. Personne n’y échappe et comme les autres j’en suis à la fois victime et complice.
D’une manière ou d’une autre nous sommes tous affectés par le déficit de civisme et le niveau d’inconscience civique observé aujourd’hui est tel qu’il était temps d’agir. Même si ceux qui gouvernent eux-mêmes ne sont pas tout à fait exemplaires, il fallait bien faire quelque chose.
Je prends ici mon courage à deux mains pour faire ma confession, car coupable de l’incivisme je suis. Oui, je le reconnais. Mais ne me jugez pas s’il vous plait puisque je sais que vous êtes nombreux au Togo à être aussi inciviques que moi.
Je suis coupable de certaines indélicatesses sur la route pour avoir pris des libertés avec le code de la route. Dieu seul sait combien de fois je me suis permis de griller le feu rouge sous prétexte que j’étais pressé ou qu’il n’y avait pas grand monde sur la route. Quand le policier me surprend en flagrant délit je ne peux que céder à sa pression en lui filant un billet pour reprendre ma moto et éviter qu’elle se retrouve en fourrière.« Ouf ! Je l’ai échappé belle» je me dis, tout en étant conscient d’avoir encouragé le racket de ces policiers soucieux d’arrondir leurs fins de mois.
J’ai longtemps cherché à résister à l’obligation de porter un casque de protection au moment de conduire une moto. Dans mon esprit rebelle tous les moyens me permettant d’y échapper étaient bons. Je me rappelle bien qu’un jour où j’étais sorti sans mon casque, j’ai proposé à un ami militaire de le remorquer sur ma moto pour qu’il me serve de caution. Une belle astuce dans un pays où l’uniforme militaire vous donne le droit de faire ce qui est défendu au civil, comme le fait de conduire un véhicule non immatriculé ou une moto sans porter un casque. En tout cas comprenez qu’ici, avoir un proche dans la police ou l’armée c’est parfois comme disposer d’une bouée de sauvetage.
Des comportements anti écologiques j’en ai aussi commis comme on en commet d’ailleurs tous les jours dans les quartiers. Jeter un sachet sur une place publique par exemple, c’est nuisible pour son environnement mais devenu tellement banal à Lomé. Les togolais qui franchissent la frontière ghanéenne et se permettent cette inconduite en territoire ghanéen se voient très vite rappelés à l’ordre. Toute honte bue, ils prennent alors toute la mesure du mal causé à notre propre environnement.
J’admets volontiers mes torts et au-delà de ces incartades je suis loin d’être un malappris, un malotru. D’ailleurs les torts sont partagés entre gouvernés et gouvernants.
Tout ne dépend pas de l’administration mais lorsqu’elle-même ne montre pas le bon exemple, elle ne peut que tirer la population vers le bas.

Cette administration est tout aussi malade de l’incivisme que la population qu’elle sert.
Si les dérapages semblent se banaliser c’est en partie parce les institutions garantes des valeurs citoyennes ont été complices.
Les fonctionnaires s’illustrent par l’absentéisme au travail. Au lieu de se rendre disponible à leur poste pour satisfaire les usagers bon nombre prennent l’habitude de déserter pour faire leurs courses pendant les heures de travail. L’habitude a même fait naitre une expression particulière : lorsque vous vous rendez à un service administratif et que vous cherchez en vain l’agent qui doit vous servir, on vous répond qu’il « s’est levé un peu ». Une façon bien subtile de vous dire que l’agent s’est tout simplement éclipsé.
Et que dire des tentatives de corruption ? En échange d’un service censé être gratuit certains agents de l’administration se permettent de demander de l’argent aux usagers. Pour que votre dossier ait droit à une attention particulière, l’agent véreux peut vous demander de « déposer une pierre sur le dossier ». Autrement dit vous êtes priés de glisser une somme d’argent pour éviter que votre dossier reste sans suite et se retrouve dans une poubelle.
Les lois sont adoptées pour ne s’appliquer qu’à certains. C’est en tout cas l’impression que j’ai en voyant des agents de police circuler à bord de véhicules non immatriculés. Pourtant ce sont les mêmes qui vous interpellent à la moindre infraction.
Le lancement du « mois du civisme et de la citoyenneté» doit être l’occasion de repenser sérieusement le rôle que chacun est appelé à jouer dans son pays et les valeurs qu’il doit incarner.
Pour ma part je vous demande de pardonner mes travers car au bout du compte « tout le monde est coupable ». N’est ce pas, maman Afia Mala?

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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