Démolitions en cascade à Lomé : ça casse pour faire joli !

Il sonnait 13 heures dans mon quartier mardi dernier quand un bruit étrange m’arrachait à ma savoureuse sieste. C’était un bruit fort qui résonnait avec insistance de l’extérieur. Un bruit de tôles et aussi des voix d’individus. Bon sang, que se passe t-il au juste ? Le vacarme était tel que je ne pouvais rester indifférent. Je décide alors de sortir pour comprendre ce qui se passait. C’était une scène particulière qui se déroulait dehors.

Sur la route bitumée qui était à proximité de chez moi, les riverains se sont attroupés pour observer un spectacle désolant. En réalité des hommes en gilets estampillés « PRÉFECTURE DU GOLFE » -sans doute des agents de la préfecture- et munis de marteaux détruisaient l’un après l’autre des baraquements dressés aux abords de la route par des commerçants. Tout cela se passait au désarroi de ces commerçants dont certains en colère lançaient des injures aux agents. Ils semblaient désemparés en voyant leur fonds de commerce complètement rasés, leur gagne pain confisqué. D’où la frustration et le mécontentement de la population qui ne comprenait pas le bien fondé d’une telle action.

A vrai dire il s’agit des baraques qui empiètent sur la voie publique. Cette opération s’inscrit donc dans une volonté des pouvoirs publics de réaménager les villes. Depuis que le pays est entré en chantier avec des travaux routiers à Lomé et d’autres villes. Les autorités ont apparemment décidé de faire respecter strictement la délimitation des voies publiques. La guerre contre l’occupation anarchique des voies s’annonce. Ces démolitions en cascade seraient le prix à payer pour faire de Lomé une capitale digne de ce nom. Vous connaissez bien le dicton, on ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.

 

                                                                    Quelques images des démolitions

credit:eli.mondoblog.org
credit: eli.mondoblog.org

Profitant de l’inexistence d’un plan d’urbanisation, les gens ont pris l’habitude de s’installer au bord des routes pour étaler leurs produits. Pour installer son commerce, pas besoin de chercher une place dans un marché ou dans un immeuble, il suffit de choper un espace libre sur le trottoir et le tour est joué. C’est comme si à Lomé on avait horreur du vide. Pendant longtemps, les pouvoirs publics ont laissé faire ces choses, faute de politique urbaine bien établie. Aujourd’hui c’est à une véritable gangrène dont ils doivent faire face et les citoyens sont obligés du jour au lendemain de changer les vieilles habitudes.

Il est vrai que cette opération est dans l’ordre logique des choses puisque ce qui relève du domaine public comme les routes ne peut être approprié anarchiquement par les particuliers que nous sommes, mais les populations voient autrement cette intervention de la préfecture. A entendre bon nombre de riverains, cette opération serait un coup porté à leur situation économique déjà alarmante. Il s’agirait plus d’un tort causé à la population que d’un bienfait.

La plupart de ces commerçants qui empiètent sur les voies publiques ne le font pas délibérément. Ils se mettent dans cette situation irrégulière par nécessité parce qu’ils n’ont pas forcément les moyens de s’installer dans un lieu approprié. Ce sont des gens étouffés par la misère qui ont besoin de trouver de quoi survivre. Ces petits commerces érigés au bord des routes seraient des alternatives désespérées à la misère et au chômage. Du coup la plupart des personnes concernées croient qu’on les pousse davantage vers la précarité puisqu’elles sont privées de sources de revenus.

Comment pourraient-ils donc comprendre le bien fondé de cette initiative puisqu’elle semble leur faire plus de mal que de bien ?    

Au-delà des inconvénients sociaux des démolitions, toute cette incompréhension est due à la carence de communication de la part des autorités compétentes.

C’est vraiment le bat qui blesse dans cette histoire. Au lieu de se contenter de mettre de l’ordre dans la ville, les pouvoirs publics devraient prendre le temps d’engager une démarche d’explication à l’égard des populations parce que beaucoup ignorent que les voies publiques ne doivent pas être occupées n’importe comment.

Si le but visé est de changer les comportements, alors les autorités locales doivent prendre sur elles et mener des campagnes de sensibilisation pour faire comprendre le bien fondé de leur initiative. De plus, il ne faudrait pas que les démolitions créent plus de pauvres qu’il n’y en a déjà. C’est pourquoi il est important d’aider les commerçants visés à s’installer à des endroits plus appropriés comme au niveau des marchés.    

C’est seulement à ce prix qu’on réussira à intégrer un nouveau comportement dans la vie quotidienne des populations. Sinon, le naturel risque de revenir au galop. A bon entendeur…                    

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Eli
Je suis Roland Eli Akue, jeune juriste passionné de littérature et du social media. Ce blog se veut l'écho des réalités que je vis, de même qu'un créneau pour faire découvrir et découvrir des autres. Je vous y attends donc pour vous embarquer dans mon aventure sur Mondoblog. Alors en route!
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